Rêveries

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vendredi 30 mars 2007

Toujours debout ! Chapitre 1.21 - 1.24

Remarque : ce texte est un extrait de Toujours debout ! dont le début est ici.

1.21

« Tu as trouvé ce que tu voulais ? » demanda Axelle.

Elle était allongée sur le ventre, entièrement nue, et elle lisait un livre.

« Oui, répondit Kalia. Mais un ivrogne m’a mordue.

— Quoi ? demanda la démone en s’asseyant. Fais moi voir ça. »

L’elfe s’assit à côté de son amie et retira sa chemise. Le vêtement avait été percée par les dents du vagabond, mais avait au moins partiellement protégé la peau.

« Ça saigne un tout petit peu. Ça n’a pas l’air grave, mais il faudrait mieux désinfecter.

— J’ai demandé un peu d’alcool à Julie. Tu peux me le mettre.

— Bien sûr, fit Axelle en attrapant la bouteille. Il faut aussi qu’on montre ton autre blessure à un médecin.

— Oui », admit Kalia tandis que son amie appliquait un morceau de tissu imbibé sur sa blessure. « Qu’est-ce que tu lisais, au fait ?

— Un livre sur la ville », répondit la jeune femme en commençant à déboutonner le pantalon de son amie. « Il traînait par là.

— Il n’y a rien d’autre ?

— Comme livres ? Je ne crois pas. De toutes façons, je pense que tu ferais mieux de boire ta potion et te coucher.

— Il n’est pas tard.

— Je n’ai pas dit qu’on devait dormir tout de suite. Cela dit, tu as besoin de sommeil. Tu ressembles à une mort-vivante. »

Axelle l’ignorait, mais, sur ce point, les choses n’allaient pas s’améliorer, même après une bonne nuit de sommeil.

1.22

Anthony avait dispersé ses hommes par groupes de trois tout autour de la place. Dans un premier temps, ils devaient en interdire l’accès aux passants.

Nathan Delanuit, lui, avait entassé des objets en or ou en argent au milieu de la place.

« Vous comptez faire quoi, avec ça ? demanda le capitaine en s’allumant une cigarette.

— Les zombies sont attirés par ce qui brille. Plus encore que par la chair fraîche. Ça les distraira, vos hommes n’auront qu’à les éliminer.

— J’espère que ce sera aussi simple que vous le dites. Quand est-ce que vous commencez ?

— Plus que quelques minutes, monsieur, et je suis prêt. »

1.23

Elle entra dans la ville par la porte du Nord, qui n’était plus gardée depuis des années, puisqu’elle ne menait guère qu’à la mine.

Elle erra quelques minutes dans les rues, cherchant quelque chose à manger. Puis, subitement, un nouveau désir supprima sa faim.

Elle sut alors qu’elle devait se rendre vers la grand place.

1.24

Kalia se réveilla et s’assit sur le lit. À côté d’elle, Axelle dormait.

Il faisait noir dans la pièce, mais elle y voyait parfaitement. C’était courant pour la plupart des elfes, mais Kalia n’était pas la plupart des elfes, et, en plus d’être légèrement myope, elle n’était absolument pas nyctalope.

Elle décida donc qu’il devait s’agir d’un rêve, impression confortée par le fait qu’un certain nombre de détails clochaient.

D’abord, elle ne ressentit rien lorsqu’elle s’appuya sur son bras blessé pour se lever, alors que cela aurait dû lui arracher un cri de douleur. Le sens du toucher ne fonctionnait pas vraiment dans les rêves.

Ensuite, il y avait Axelle. La jeune femme semblait normale de prime abord, mais la jambe qui n’était pas couverte par le drap lui inspirait un appétit beaucoup plus culinaire que sexuel, ce qui, elle en était presque sûre, ne lui arriverait certainement pas si elle était éveillée.

Pour finir, il n’y avait que dans les rêves qu’on se sentait irrésistiblement attiré vers un endroit précis.

lundi 12 février 2007

Toujours debout ! Chapitre 1.17 - 1.20

Remarque : ce texte est un extrait de Toujours debout ! dont le début est ici.

1.17

« Merci, fit Kalia tandis que la serveuse versait de l’eau bouillante. Vous gérez cet établissement seule ?

— Oui. Ce n’est pas facile tous les jours.

— J’imagine. Vous êtes la propriétaire ?

— Oh, non. Malheureusement. Mon patron possède un certain nombre d’établissements dans Senela. Mais il refuse d’employer quelqu’un pour m’assister.

— J’espère qu’il ne nous en voudra pas trop d’avoir un peu fait peur à sa clientèle.

— Comment votre amie a fait ça ? Le type qu’elle a soulevé comme une feuille... ce n’était pas franchement un tendre !

— Et bien, répondit l’elfe en souriant, je n’ai pas le droit de vous le dire. Elle me tuerait. »

1.18

Anthony faisait les cent pas dans son bureau, tandis que Nathan Delanuit lui exposait toutes les bonnes raisons qu’il y avait à pratiquer son rituel en plein milieu de la ville.

« Le problème, expliqua le policier, c’est qu’il n’y a pas de couvre-feu. Vos morts-vivants risquent de tomber sur des gens.

— Ce ne sont pas mes morts-vivants, répliqua sèchement le mage. Écoutez, on fera ça vers minuit. Il ne devrait pas y avoir tant de monde dans les rues. Et vous pourriez instaurer un couvre-feu demain. »

Anthony grogna, et sentit qu’il avait perdu la partie.

« Si ça se passe mal, vous en endosserez la responsabilité.

— Bien sûr, capitaine. Ne vous en faites pas. Vous devriez prévenir vos hommes, il leur reste quatre heures pour se préparer. »

Quatre heures, songea le capitaine, qui lui laisseraient à peine assez de temps pour que ses hommes soient prêts. Et largement assez pour se faire un sang d’encre.

1.19

Kalia entra dans la boutique de l’herboriste dont lui avait parlée la serveuse, qui lui avait aussi raconté qu’elle s’appelait Julie, que son père était mort dans la mine six ans plus tôt, et que son frère s’était engagé dans l’armée pour « devenir un homme ». L’elfe avait un petit quelque chose qui faisait que de parfaits inconnus adoraient lui raconter leur vie.

« Bonsoir », lança-t-elle en entrant dans la boutique. Une vieille dame lui tournait le dos, occupée à ranger des fioles sur des étagères poussiéreuses. « C’est encore ouvert ?

— J’ai pas beaucoup de ma clientèle qui se couche au crépuscule, ma mignonne, répliqua l’herboriste sans se retourner. Laisse-moi deviner. Ton problème, c’est que tu n’as pas pris de précaution, et tu voudrais éviter de nous pondre un héritier ?

— Quoi ? demanda l’elfe. Euh... Non ! Non. Je n’ai pas vraiment de risques, de ce côté-là. »

La vieille dame se retourna, et plongea des yeux bleu profond dans ceux de la jeune femme, qui appliqua une tactique éprouvée dans ces cas-là, c’est-à-dire baisser la tête.

« Tu veux quoi, alors ?

— Il me faudrait quelque chose pour bien dormir, s’il vous plaît. J’ai des cauchemars.

— T’as de quoi payer ? »

L’elfe tendit les quelques pièces que lui avait données Axelle. L’herboriste les attrapa sans un mot et sortit une bouteille d’une étagère.

« Une gorgée avant de te coucher. C’est pas bon, mais ça marche.

— Merci. »

Kalia ressortit de la boutique en espérant que le médicament suffirait à lui faire passer une bonne nuit, ce qu’elle n’avait pas eu depuis une éternité. Un peu perdue dans ses pensées, elle ne remarque pas l’homme qui la bouscula légèrement.

« Je suis désolée », fit-elle sans trop savoir si c’était à elle de s’excuser ou à lui, mais partant du principe qu’être désolée ne pouvait pas faire de mal. « Je ne vous avais pas... Aïe ! »

L’homme venait de lui mordre l’épaule. Kalia parvint à le repousser, et il tituba avant de reprendre un peu son équilibre. La jeune femme opta alors pour une autre de ses tactiques éprouvées : la fuite.

1.20

D’un geste lent, sa main se tendit vers la chauve-souris qui lui tournait autour de la tête ; mais elle manquait de réflexes pour réussir à atteindre l’animal.

Elle grogna de dépit, car elle avait toujours faim. Ne sachant pas où aller, elle se dirigea tout droit.

Il se trouvait que, tout droit, il y avait la ville.

lundi 25 décembre 2006

Toujours debout ! Chapitre 1.13 - 1.16

1.13

Kalia et Axelle entrèrent dans une auberge qui faisait aussi taverne. L’elfe s’y sentit tout de suite tout à fait mal à l’aise, surtout que la clientèle y était très majoritairement masculine et sensiblement alcoolisée.

Son amie, elle, se dirigea directement vers le comptoir.

« Deux bières, s’il vous plaît. Et je voudrais savoir si vous avez des chambres ? demanda-t-elle à la serveuse, une jeune femme rousse.

— Bien sûr. Vous êtes deux ?

— C’est ça.

— J’en ai une avec un lit double », expliqua la serveuse en leur tendant deux verres. « Payable d’avance. »

Axelle resta figée quelques instants, puis fit un grand sourire.

« Oh, oui. Tiens, j’avais oublié ce léger détail.

— On n’a pas d’argent ? demanda Kalia.

— Ben, tu te rappelles qu’on était parties un peu... précipitamment ?

— Hé ! fit un des hommes accoudés au bar. Moi, j’ai une chambre vachement spacieuse.

— Moi aussi, renchérit un autre. Vous êtes célibataires, mesdemoiselles.

— On est... ensemble », répliqua Axelle, aussi froide que la glace.

Il y eut un moment de silence, pendant que les hommes analysaient la signification exacte de la phrase.

« Je pense, confia doucement Kalia à la serveuse, que vous devriez ranger les bouteilles les plus chères. Au cas où.

— Oh ! reprit le premier homme, qui avait enfin compris. Ça ne me gêne pas. Les trucs à trois, ça me va aussi.

— Les trucs à trois, fit un autre, je dis pas. Mais deux filles entre elles, seules ? C’est quand même pas naturel. »

Kalia soupira, puis absorba une gorgée de bière. Elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir, lorsqu’elle entendit un petit choc sourd, qu’Axelle tenait d’une main l’homme par la gorge, contre le mur, et lui sussurrait, en lui regardant avec des yeux verts subitement très menaçants :

« Tu veux que je sois naturelle ? Juste un mot. Vas y. Je meurs d’envie d’être très naturelle.

— Dites demanda Kalia à la serveuse. Les armes interdites en ville, ça s’applique aussi pour les taverniers ? Parce qu’à votre place, j’aurais une arme sous le comptoir, je la sortirais maintenant. Si vous en laissez un attraper une bouteille et l’attaquer physiquement, il risque d’y avoir de la casse. »

1.14

Anthony avait réuni la plupart de ses hommes dans les quartiers de la garde.

« Bien, conclua-t-il. Je vous ai expliqué la situation. Maintenant, monsieur Delanuit va vous parler un peu plus de ces morts-vivants.

— Bonsoir, messieurs, lança le mage. Comme leur nom l’indique, ces monstres sont morts. Ils ne ressentent pas la douleur, et ne mourront définitivement que si vous vous attaquez à la tête. Voilà pour les mauvaises nouvelles. Maintenant, les bonnes. Ils sont stupides, et ils sont lents. Restez en petits groupes et à distance raisonnables, et vous serez en sécurité.

— À ce sujet, compléta le capitaine. Vous allez constituer des groupes de trois. Vous aurez au moins une arbalète dans chaque unité. Comme vous l’avez compris, visez la tête. Dans la mesure du possible, ne vous approchez pas de ces créatures. Je ne veux pas que vous vous sépariez. Comme l’a dit monsieur Delanuit, ils sont lents et stupides ; mais ne commettez pas l’erreur de négliger le danger pour autant.

— Et si on est mordu ? demanda un agent.

— Il faut plus de vingt-quatre heures pour devenir mort-vivant, expliqua le mage. Ça vous laisse le temps de venir me voir. Il existe des antidotes. Mais prévenez-moi impérativement. D’autres questions ?

— Est-ce qu’on aura une prime ? »

1.15

« Voilà votre chambre, fit la serveuse.

— Merci, répondit Kalia.

— Euh... dites. L’argent que vous m’avez donné... Vous l’avez...

— Oh, non, coupa Axelle. Cet homme a insisté pour me le donner. Brave type, il voulait s’excuser.

— Oui... euh... Bien sûr. D’accord.

— Ce serait possible un bain ? demanda Kalia.

— Oh, oui, bien sûr », répondit la serveuse, soulagée de changer de sujet. « Je vais faire chauffer de l’eau. »

1.16

« Vous pouvez me répéter ça ? demanda Anthony.

— Vous avez bien entendu, capitaine. Je dois faire ce rituel au milieu de la grand place.

— Je ne peux pas vous laisser faire ça. C’est trop dangereux.

— Non. Je vais attirer ces créatures. Vos hommes n’auront qu’à les abattre.

— Vous parlez de concentrer ces morts-vivants en pleine ville ! »

Le mage soupira, et se caressa la barbe.

« Ils y sont sans doute déjà, expliqua-t-il. Si je fais ce rituel dans les bois, ça ne servira à rien. Son rayon d’action est limité. Je cherche à protéger les citoyens. C’est tout. »

Anthony grogna. Il n’était pas certain de chercher à protéger les citoyens de la même façon que le mage.

dimanche 19 novembre 2006

Toujours debout ! Chapitre 1.9 - 1.12

1.9

« Bon, fit Anthony. Mes hommes ont fermé les portes, ou sont en train de le faire. Sauf celle du Nord.

— Très bien, capitaine. La sécurité de la mine va s’assurer qu’aucun de ces monstres ne passe par la montagne. Pas de problème avec la porte nord. »

Anthony grimaça. Il avait tout fait pour limiter le nombre d’armes qui circulaient en ville, mais la mine avait toujours une petite milice privée, dont le bourgmestre justifiait l’existence par les possibilités d’attaques par la montagne. Anthony avait toujours trouvé cet argument léger.

Enfin, jusqu’à l’apparition de ces morts-vivants.

« Bon, reprit le capitaine. Et qu’est-ce que vous attendez de moi, maintenant ?

— À présent que la ville est fermée, il faut éliminer les morts-vivants. Pour faire bref, je compte lancer un rituel qui va les attirer et les forcer à sortir. Vos hommes n’auront qu’à les abattre et...

— Capitaine ? interrompit un garde sur le pas de la porte.

— Oui, sergent ?

— Nous avons un problème à la porte de l’Ouest. Deux femmes armées insistent pour entrer.

— Expliquez-leur que si elles entrent, elle ne pourront pas sortir avant plusieurs jours. Si elles insistent, laissez-les passer, mais prenez leurs armes.

— C’est que, euh... J’ai peur qu’elles ne se laissent pas faire.

— D’accord, soupira Anthony. Je vais venir avec vous. »

1.10

Elle était maintenant sortie de l’eau. Elle ne savait toujours ni où, ni qui elle était, mais elle ne se le demanda pas.

Elle réalisa tout de même après plusieurs minutes que la pierre attachée à son pied la gênait, et parvint avec difficulté à s’en libérer.

Ensuite, elle eut faim.

1.11

« Ce sont elles, capitaine.

— Bien. Il y a un problème, mesdemoiselles ? »

Axelle leva la tête. Elle s’était assise sur un petit muret, à côté de Kalia, cette dernière l’ayant convaincue de prendre son mal en patience.

« Le problème, c’est que vos hommes ne nous laissent pas entrer.

— Axelle ?

— On se connaît ?

— C’est Anthony », fit le capitaine en tendant une main, que la jeune femme serra au bout de quelques secondes. « On s’est battu ensemble dans le Nord.

— Oh... euh... oui, fit Axelle en tentant de se remémorer sa brève carrière militaire. Désolée, je n’ai pas une très bonne mémoire des visages.

— On ne s’est pas beaucoup vu, cela dit. Mais, comme vous étiez la seule femme, cela marque. Sans compter votre style très particulier.

— Euh... Oui. Sinon, elle c’est Kalia.

— Enchanté. Je dois vous dire que les portes vont être fermées pendant quelques jours. Vous pouvez entrer, mais vous ne pourrez pas ressortir tout de suite.

— Pourquoi cela ? demanda l’elfe.

— On recherche un voleur », répondit Anthony sans hésitation. C’était la version officielle. Devoir mentir à la population ne lui plaisait pas beaucoup, car il estimait qu’il serait utile de prévenir les gens pour limiter les risques, mais le bourgmestre avait été très clair.

« Il y a un médecin en ville ? demanda Axelle.

— Bien sûr. Plusieurs, même.

— Alors, ça ne devrait pas être un problème.

– Vous allez devoir me laisser vos armes, aussi. »

Il y eut quelques instants de silence pesant, pendant lequel la température chuta sensiblement.

« Les armes sont interdites en ville », expliqua le capitaine.

Axelle soupira, puis fit signe à Anthony de la suivre un peu à l’écart.

« Il y a un problème, murmura-t-elle. Elles sont un peu... spéciales. On ne voudrait pas que quelqu’un tombe dessus.

— Je ne suis pas sûr de comprendre. Mais est-ce que ça irait si je les laissais chez moi ? Personne n’y toucherait. Et vous pourriez passer demain pour que je vous fasse un permis.

— Ça me paraît surtout une bonne façon d’amener une jolie fille à venir chez toi, répliqua Axelle en souriant. Mais c’est d’accord. »

1.12

Elle attrapa la couleuvre avec ses mains et croqua dedans alors qu’elle était toujours vivante.

Ce n’était pas très bon, mais cela eut au moins le mérite de lui éclaircir un tout petit peu les idées.

C’est-à-dire qu’elle ne savait toujours pas qui elle était, mais elle en était maintenant vaguement consciente.

samedi 18 novembre 2006

Toujours debout ! Chapitre 1.5 - 1.8

1.5

« Bien dormi ? demanda Axelle lorsque Kalia se réveilla.

— Non.

— C’est à cause de ta blessure ? »

L’elfe hocha la tête. Elle avait été blessée au bras, quelques jours plus tôt, mais ce n’était pas très grave.

« Non. C’est juste... des mauvais rêves. Problèmes de conscience.

— À cause de cette fille ?

— Je... oui. C’est ça.

— C’était de la légitime défense. Elle t’aurait tuée. Tu n’as pas à t’en vouloir pour ça.

— Ce n’est pas si... rationnel. Je n’avais jamais tué personne.

— Je sais. Écoute, je pense qu’il te faudrait du repos.

— Ouais.

— Je suis allée en reconnaissance ce matin. On est au bord de la forêt, et on dirait qu’il y a une ville pas très loin. Tu pourras t’y reposer. Te changer les idées. Et il faudrait qu’un médecin voit ta blessure.

— Mais il va encore falloir marcher.

— C’est le dernier jour, répliqua la démone en souriant. Promis. »

1.6

Le capitaine fut, après un quart d’heure d’attente, invité à entrer dans le bureau du bourgmestre. En plus de ce dernier, s’y trouvait un homme d’une cinquantaine d’années à la barbe blanche.

« Bonjour, capitaine. Asseyez-vous. Je vous présente Nathan Delanuit.

— Enchanté.

— Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai convoqué. Bien. Il semblerait que nous ayons un grave problème. Des mineurs disent avoir vu des morts-vivants...

— Hein ?

— Des zombies, capitaine. Vous en avez déjà entendu parler, je suppose ?

— Bien sûr, monsieur.

— Il semblerait qu’ils soient passés par la montagne. On n’en connaît pas le nombre exact, mais je suppose que vous êtes au courant de l’aspect... contagieux... de leur état ?

— Oui, monsieur.

— Bien. Alors vous comprendrez qu’il faut donner la priorité maximale à cette affaire. Dans un premier temps, il faudrait fermer les portes de la ville. Nous ne voulons pas que tout le pays soit contaminé. Monsieur Delanuit vous assistera. C’est un spécialiste des morts-vivants.

— Un nécromant ? » s’étonna Anthony. Comme la sorcellerie, la nécromancie faisait partie des magies interdites.

« Oh, non, protesta le mage. Les nécromants créent des morts-vivants. Je me contente de les chasser. »

1.7

Lorsqu’elle se réveilla, elle était sous l’eau. Ne sachant ni qui, ni où elle était, elle se contenta dans un premier temps de marcher vers le bord de la rivière.

Si elle avait réfléchi, elle se serait peut-être dit qu’il était quelque peu étrange qu’elle n’ait pas besoin de respirer ; et elle aurait sans doute remarqué que, attachée à ses pieds, il y avait une lourde pierre qu’elle devait traîner.

Mais il faut dire à sa décharge qu’elle ne réfléchissait pas.

1.8

Axelle et Kalia marchèrent lentement, mais elles arrivèrent tout de même aux portes de la ville avant la tombée de la nuit.

« J’espère qu’ils vont me laisser entrer, confia l’elfe.

— J’vois pas pourquoi ils nous emmerderaient. On est des citoyennes respectables. »

Kalia ne répondit pas, jugeant qu’il ne servait à rien d’essayer d’expliquer qu’elles devaient avoir l’air quelque peu sauvage à cause de leur fuite dans les bois, du sang séché sur ses vêtements, sans compter les deux armes imposantes ressemblant vaguement à des arbalètes qu’elles transportaient.

Entrer dans la ville se révéla effectivement quelque peu problématique.

« Les portes sont formées, expliqua un des trois soldats de faction à Axelle.

— Quoi ? s’étonna cette dernière en levant les yeux. Elle m’a l’air tout à fait ouverte, votre porte.

— Euh, ben, c’est-à-dire qu’on n’a pas encore baissé la grille. Mais vous ne pouvez pas entrer. En plus, les armes sont interdites en ville.

— Ça ? demanda la jeune femme. Pas des armes, ça. Juste des souvenirs. »

Le garde grimaça, se demanda comment il devait réagir, et décida que la meilleure chose à faire était de se décharger du problème.

« Restez là. Je vais prévenir mon supérieur. »

mercredi 15 novembre 2006

Toujours debout ! Chapitre 1.1 - 1.4

1.1

Elle mourut.

1.2

Le lapin passa la tête derrière le buisson, vérifia qu’il n’y avait pas de prédateurs, et courut vers la rivière pour se désaltérer.

Il mourut, aussi.

1.3

Axelle attrapa par les oreilles le lapin dont elle venait de rompre le cou et retourna vers le campement, terme qui était quelque peu superfétatoire pour désigner un feu mal entretenu et un morceau de toile accroché à deux branches qui ne méritait vraiment pas l’appellation de tente.

Kalia était assise à côté de la flamme, le regard vide. Axelle lui montra fièrement le lapin qu’elle avait attrapé, mais cela ne déclencha pas de réaction. La chasseuse se contenta donc de hausser les épaules, habituée à l’humeur maussade de son amie, et entreprit de faire cuire un peu de viande, ce qui fut quelque peu compliqué car elle ne s’était jamais amusée à faire ce genre de choses sur un animal entier, étant plutôt habituée à acheter les morceaux déjà coupés voire cuits.

Si Axelle et Kalia se trouvaient présentement dans une forêt d’Erekh dont elles ignoraient jusqu’au nom, ce n’était pas par amour de la nature, ni par soif d’aventure, mais parce qu’elles avaient dû quitter le pays voisin de manière quelque peu précipitée après ce qu’Axelle appelait pudiquement une révolution manquée.

Axelle était une jeune femme aux cheveux noirs qui se trouvait aussi être un « démon à la retraite », ce qui était surtout un euphémisme pour parler de déchéance, car « démon déchu », cela commençait à faire vraiment bas.

Kalia, quant à elle, était une elfe sensiblement moins gracieuse que la moyenne ; seules ses oreilles faisaient véritablement elfiques, mais elles étaient cachées par ses cheveux, qui étaient d’ailleurs présentement fort sales.

Axelle et Kalia étaient amies ; ce qui était là encore un euphémisme pour dire « amantes », d’abord parce que deux femmes amies déclenchaient moins de réactions hostiles que deux femmes amantes, et ensuite parce que ce dernier terme se rapportait à amour, et, à la retraite ou pas, il y a des termes qu’un démon n’admet pas facilement.

1.4

« Bon », fit Anthony, capitaine de la garde de Senela, en allumant une cigarette. « Quelle est la situation ?

— On a une prise d’otages dans l’épicerie. Le forcené a une arbalète, et peut-être aussi un couteau. Il y a un couple et une gamine à l’intérieur. Le sergent Mayer est monté sur le toit d’en face, il dit avoir un angle de tir...

— Dites lui de ne rien faire, et de ne pas se montrer. Je n’ai aucune envie que notre type se mette à paniquer. Je vais aller lui parler.

— Sauf votre respect, capitaine, je trouve que...

— Je vais aller lui parler, répéta le capitaine en lui tendant son épée. Sans arme. Ça va bien se passer. »

Il s’approcha lentement du bâtiment, autour duquel une demi-douzaine de gardes armées attendaient avec anxiété la suite des événements.

« Je vais entrer, annonça-t-il d’une voix forte. Je ne suis pas armé. »

Sans attendre de réponse, il ouvrit la porte, avec prudence passa la tête à l’intérieur, puis entra.

« Fermez cette porte !

— Pas de problème, répondit le capitaine en obéissant. Écoutez, c’est quoi votre nom ?

— Thomas.

— Thomas. Écoutez, Thomas, si vous commenciez par m’expliquer ce que vous voulez ? Je suis sûr qu’on peut arranger tout cela de manière pacifique.

— Vous dites ça ! Mais vous allez me descendre dans le dos !

— Je vous promets que non », répondit calmement Anthony en dévisageant l’homme. Il n’était plus tout jeune, paraissait paniqué, et n’avait à la main qu’une arbalète de qualité misérable à laquelle seul un désespéré aurait fait confiance. « Qu’est-ce que vous voulez ?

— Je veux juste... de l’argent ? » demanda l’homme timidement, avant de répondre, plus menaçant : « Ouais ! C’est ça ! De l’argent ! »

Anthony soupira. Au final, on en revenait toujours à ça.

« Pourquoi avez-vous besoin de cet argent ? demanda-t-il.

— Qu’est-ce que ça peut vous foutre ? Je...

— Vous ?

— Vous savez... C’est depuis... Vous savez... L’accident. »

Anthony hocha la tête tandis que l’homme lui racontait son histoire. Tout le monde avait entendu parler de « l’accident ». Six ans avant, une partie de la mine s’était effondrée, tuant près de la moitié des mineurs. Les survivants étaient rentrés chez eux anéantis, traumatisés, et sans emploi.

La mine avait fini par rouvrir, mais elle n’employait plus de gens de Senela ; uniquement des nains, qu’on ne voyait jamais en ville.

Les affaires avaient prospéré, mais cela n’avait servi qu’à quelques-uns des habitants. Beaucoup d’autres tentaient de survivre sans travail, et devaient mendier, vendre leurs corps, ou avoir recours à des méthodes plus musclées.

« Vous comprenez ? » sanglota le preneur d’otages nommé Thomas, qui avait baissé son arme. « Ma femme, elle...

— Je comprends, fit doucement Anthony.

— Non ! » répliqua subitement l’homme en relevant l’arbalète. « Vous ne cherchez qu’à... »

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, car un carreau s’était logé dans sa gorge. Après un gargouillement horrible, il s’écroula sans grâce sur le sol.

« Merde », jura le capitaine en s’agenouillant. Mais le preneur d’otages n’était déjà plus qu’un cadavre.


*****

Lorsqu’il ressortit de l’épicerie, le capitaine Anthony se sentait terriblement vieux et fatigué.

« Vous allez bien ? demanda un sergent. Mayer a dit qu’il allait vous...

— Je vais bien, coupa Anthony. Je veux juste... être un peu seul.

— Bien, mon capitaine. »

Il n’avait que trente-quatre ans, songea-t-il en s’adossant contre un mur. Il était parti de son village à dix-huit pour s’engager dans l’armée, espérant y trouver la gloire et l’excitation. Il n’avait vu que le sang et la mort.

Des années plus tard, un général avec qui il avait sympathisé lui avait trouvé ce poste de capitaine de la garde. Il avait espéré que ce serait plus calme, mais il n’y avait toujours que la mort, le sang, et la misère, qu’il supportait de moins en moins.

Et le pire, c’est que ce n’était que le début de la journée.