dimanche 5 août 2007
Créatures de rêve
Par Nera, dimanche 5 août 2007 à 01:17 :: Nouvelles - Textes - Fantastique - Alys
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dimanche 5 août 2007
Par Nera, dimanche 5 août 2007 à 01:17 :: Nouvelles - Textes - Fantastique - Alys
samedi 10 mars 2007
Par Nera, samedi 10 mars 2007 à 23:49 :: Nouvelles - Fantastique - Laura
Vert bizarre est une nouvelle fantastique quelque peu inspirée du film la neuvième porte ou du livre «Club Dumas», c'est selon.
Elle implique le personnage de Laura.
Cette nouvelle peut être téléchargée au format PDF ou au format HTML un peu mieux formatté que sur cette page. Sinon, elle est aussi incluse dans le recueil papier «Vers le chaos».
« Satan ! Satan ! Satan ! » gueulent les types en capuche. Il n’y a que la vieille peau qui a les cheveux à l’air.
De toutes les personnes présentes, je suis le seul à ne pas invoquer le prince des ténèbres. Il faut dire que j’ai un bâillon dans la bouche, alors forcément.
La vieille peau tient un couteau vachement effilé au-dessus de mon torse nu, et elle est en train de lever la lame. Elle va frapper bientôt, je le sais. Et je ne peux rien faire, parce que je suis attaché sur une espèce de table en position en X.
Et alors que je me sens défaillir, que la vieille se prépare à frapper et que les encapuchonnés continuent leur litanie, Satan apparaît.
Elle descend lentement du ciel, debout, les bras écartés. Je dis « elle » parce qu’il s’agit d’une fille. Une jolie fille, d’ailleurs. Corps magnifique, cheveux noirs, yeux verts. Un vert bizarre. De ma position, je ne les vois pas, mais je le sais parce que ce n’est pas la première fois que je vois la demoiselle.
La première fois que je l’ai rencontrée, c’était il y a trois jours. On s’est juste croisé dans la rue, et je n’ai pas vraiment fait attention à elle. Je me rendais à une vieille librairie qui vend des livres qui tombent en poussière. Il paraît que les collectionneurs adorent ça.
Moi, j’y allais pour le boulot. Je suis détective privé. La vieille peau venait de m’engager pour enquêter sur la mort du libraire, qui était son mari. Je lui avais demandé pourquoi elle n’allait pas plutôt voir les flics, et elle m’avait expliqué qu’ils ne croyaient pas à l’occulte, et qu’il y en avait là-dessous. Je lui ai dit que je n’y croyais pas non plus, mais elle m’a répliqué que, en échange d’un gros chèque, je pouvais faire un effort et, ma foi, elle n’avait pas tort.
Dans la librairie, je n’ai rien trouvé d’intéressant. Il faut dire que les flics étaient déjà passés. J’ai questionné un peu les amis que j’avais dans la police, et j’ai appris que le propriétaire s’était fait descendre avec un 9mm, ce qui ne m’a pas avancé beaucoup.
Le lendemain, un autre type est mort de la même façon. Un riche aristo, ce coup-ci. Je suis arrivé juste après les flics, cette fois. Comme je connaissais le commissaire chargé de l’enquête — j’étais moi-même dans la maison, dans le temps, j’ai pu accéder au lieu du crime.
Je n’ai pas trop fouillé parce que, copain ou pas, il ne m’aurait pas laissé faire, mais j’ai quand même pu constater que le type collectionnait les vieux bouquins, ce qui faisait déjà un lien avec le libraire. Comme la vieille peau m’avait parlé d’occulte, j’ai regardé un peu les titres qui sonnaient bizarre. Il y en avait un avec un nom en latin et un pentacle sur la tranche, qui avait l’air gratiné, niveau occultisme. J’en ai profité que les policiers tournaient le dos pour le feuilleter en vitesse, et j’ai pu voir que des pages avaient été arrachées. Je l’ai foutu discrètement dans une poche de mon manteau en espérant que personne ne s’en rendrait compte.
Quand j’ai pris le métro pour rentrer chez moi, la fille aux yeux verts s’est assise en face de moi. Elle était en train de fumer un joint.
« On ne s’est pas déjà vu ? j’ai demandé.
— Peut-être », elle a dit en lâchant un sourire à se damner.
Je me suis dit que je l’avais déjà croisée hier alors que j’allais sur les lieux d’un meurtre, et que c’était quand même bizarre. J’ai donc décidé que je devais en savoir plus sur elle, surtout qu’elle était carrément mignonne. Mais je ne voyais pas comment l’aborder sans lui demander frontalement « Vous n’auriez pas un pistolet de calibre 9mm, par hasard ? ».
Finalement, tout ce que j’ai réussi à faire, c’est à lâcher un minable :
« On vous a déjà dit que vous aviez de beaux yeux ? »
Il faut dire qu’ils m’obsédaient, ses yeux. Je l’ai déjà dit, mais leur couleur était étrange. Vert sombre, un peu changeant selon la lumière. Il y avait quelque chose de fascinant, limite dérangeant, que je ne saurais pas expliquer.
« Oui », elle a simplement dit après avoir réfléchi super sérieusement pendant deux secondes.
Ensuite, le métro s’est arrêté à une station et elle est descendue, me laissant un peu comme un con.
Une fois rentré chez moi, j’ai décidé de suivre la piste du bouquin. Il était en latin, et je n’y comprenais rien, mais une recherche sur Internet m’a révélé qu’il s’agissait d’une sorte d’annuaire des noms démoniaques. Il n’y avait pas beaucoup d’exemplaires du livre et ils se vendaient cher.
Dans la nuit, je suis retourné chez le libraire en espérant qu’il aurait aussi le même bouquin, et c’était effectivement le cas. Je me suis dit que j’avais touché le gros lot quand j’ai constaté que des pages avaient été arrachées là aussi. Après une comparaison rapide, j’ai remarqué que c’étaient les mêmes pages dans les deux livres, et que ça correspondait à tous les noms en L.
Je me suis demandé quels noms de démons je connaissais qui commençaient par un L, et je n’ai trouvé que Lucifer, mais je n’ai pas une grande culture démoniaque.
Le lendemain, c’est à dire aujourd’hui, il y a encore eu une mort par balle de calibre 9mm. Et c’était encore un collectionneur de vieux bouquins, mais un peu moins riche que le précédent.
J’ai à nouveau pu examiner les lieux avec les flics, qui commençaient à parler de serial-killer, et j’ai à nouveau pu subtiliser discrètement un exemplaire du bouquin, que je n’ai même pas été surpris de trouver là. Je commençais à faire une collection.
Je suis rentré chez moi à pied, en passant par un parc plutôt sympa, et j’ai ouvert le bouquin en chemin. À nouveau, les noms en L manquaient.
Absorbé par le livre, j’ai failli rentrer dans la fille aux yeux verts.
« Encore vous ? j’ai demandé.
— Salut, elle a dit. Quelle coïncidence. Vous lisez quoi ?
— Je crois que vous le savez très bien.
— Je ne vois pas comment je pourrais », elle a fait en haussant les épaules.
On était seuls dans le coin, alors je me suis dit que je pouvais me permettre une petite folie. J’ai sorti mon arme, un revolver de petit calibre.
« Levez les mains, j’ai dit. On va aller ensemble à la police.
— Pour leur dire que vous me menacez sans raison ? »
Elle n’avait pas tort, et c’était en effet un peu idiot d’avoir sorti le flingue. Mais bon, je ne pouvais pas trop revenir en arrière et le ranger en m’excusant, ça m’aurait donné l’air con.
« Ouais, on verra », j’ai dit, en manquant un peu de répartie.
Sur ce, la demoiselle m’a filé un bon coup de pied dans les couilles, et je me suis tordu de douleur en criant.
« Désolée, elle a dit, mais je n’ai pas que ça à foutre. »
J’ai levé mon arme vers elle tandis qu’elle s’éloignait, mais ma main tremblait, à cause de la douleur, et puis je ne pouvais pas trop la descendre comme ça, c’était un peu expéditif.
Il était onze heures et demi du matin. Je suis allé manger un morceau en vitesse et j’ai fait mon rapport à la vieille peau par téléphone. Elle m’a demandé beaucoup de détails sur la fille et ce que pensaient les flics et où ils en étaient. Elle posait trop de questions et ça m’a fatigué. Si j’avais été malin, je me serais peut-être rendu compte qu’elle m’avait recruté uniquement pour pouvoir suivre l’enquête de loin, mais il faut croire que je ne suis pas spécialement malin.
À la place, j’ai continué mes recherches sur le livre et j’ai montré les trois versions que j’avais récupérées à un spécialiste. C’était un type qui avait été sataniste et s’était reconverti plus tard dans le jeu de rôles. Il parlait couramment anglais, vieux français, latin, grec, elfe et klingon.
« Waooow, il a dit en l’attrapant. J’hallucine.
— Quoi ?
— C’est l’édition pirate de 1999.
— Hein ? j’ai fait. 1999 ? Il est si récent ?
— Ouais, il a expliqué. Avec beaucoup de travail pour lui donner un air plus ancien. C’était une sorte de blague, ou un type qui espérait se faire beaucoup de fric.
— Et c’est tout ?
— Ben, certains disent aussi que c’est une version mise à jour de la main du diable. 999 à l’envers, ça fait 666, toutes les conneries de ce genre.
— Certains devraient arrêter la drogue, j’ai fait remarquer.
— Ouais.
— Et donc, il est pas rare, comme bouquin ?
— Ah, c’est ça qui est drôle. En fait, il est encore plus rare que l’original. La plupart des exemplaires sont partis au pilon. Il n’en reste que quatre, à ce qu’il paraît. »
Là, ça m’a titillé, évidemment, parce que quatre, c’est trois plus un seul. Je lui ai demandé s’il savait où était le dernier exemplaire que je n’avais pas, non pas parce que je voulais finir ma collection mais parce que j’espérais que ça me permettrait de retrouver l’assassin.
Il ne savait pas, mais il a appelé quelqu’un qui a appelé quelqu’un qui a finalement réussi à trouver quelqu’un qui savait.
Dit comme ça, ça paraît simple, mais ça a quand même pris l’après-midi. Enfin, ce qui compte, c’est que j’ai pu avoir l’adresse, et c’est comme ça que je suis arrivé ici.
Ici, c’est une grande villa, riche et classe, dans la périphérie de la ville, aménagée style gothique.
J’ai escaladé la grille, suis passé par une fenêtre et suis arrivé dans le hall. Je suis tombé nez à nez avec la vieille peau, accompagnée de deux types.
« Vous ? j’ai dit, surpris.
— Oh, a fait la vieille peau. Enchantée de vous revoir, monsieur le détective.
— C’est quoi ce bordel ? j’ai demandé en sortant mon revolver. Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Et bien, il se passe que, grâce à votre heureuse apparition, je ne vais pas avoir à sacrifier une servante », a fait une voix derrière moi.
Je me suis retourné et ai eu le temps de voir un type barbu avant de recevoir un coup derrière la tête. J’ai perdu connaissance.
Quand je me suis réveillé les types avaient mis des capuches et s’étaient mis à gueuler « Satan ! ». La vieille peau a sorti un couteau sacrificiel. J’ai essayé de crier mais me suis rendu compte que j’étais bâillonné.
Et maintenant, Satan, ou en tout cas la fille aux yeux verts, descend lentement du ciel. Je ne sais pas d’où elle sort. La lumière crépusculaire qui passe dans les vitraux de la pièce donnent un côté fantasmagorique à la scène. Il y a de la fumée, aussi. À un moment, j’ai l’impression que la fille a des ailes noires dans le dos, mais c’est peut-être un jeu d’ombres.
Elle touche finalement le sol. Tous les fanatiques se sont mis à genoux.
« Vous m’avez appelée, elle dit simplement.
— Vous... euh... oui, maître, fait la vieille peau en baissant la tête.
— Je prends l’âme du sacrifié, lance Satan en me détachant. Restez là. »
Je suis libéré, et elle me fait lever et me guide vers la sortie. Je la suis, hébété. Je n’ai pas peur. Je n’ai aucune volonté ; en fait je me sens bien.
On sort de la maison. Je descends les escaliers du perron en trébuchant. On commence à s’éloigner. Des voitures de police arrivent autour de la ville, sirènes hurlantes. La fille me fait assoir sur un petit muret.
« Ça va ? elle demande.
— Je ne sais pas. Vous... vous êtes....
— Je travaille pour Interpol, elle dit en me mettant sa carte sous le nez. Vous êtes hors de danger. Tout va bien.
— Vous... vous n’êtes pas ?
— Satan ? elle demande en souriant. Non. Non, pas vraiment.
— Mais... vous êtes apparue...
— Je suis passée par le toit. J’ai installé une corde. Et j’ai cassé un vitrail pour rentrer. Je suis arrivée au bon moment.
— Mais, mais, je proteste, j’ai vu des ailes... »
Elle fronce les sourcils, l’air de ne pas comprendre, puis elle hausse les épaules.
« Oh, elle dit. Non. J’ai lancé du gaz hallucinogène. Ça doit être ça. Vous voyez bien que je n’ai pas d’ailes.
— Mais, je dis encore. Vos yeux... »
Les ailes, d’accord. Mais ses yeux, au moins, je les avais vus avant, et ils avaient définitivement une couleur bizarre.
Mais, encore une fois, elle fronce les sourcils.
« Quoi, mes yeux ? »
Je les regarde à nouveau, de plus près. J’ai l’air con, sûrement. Elle sourit.
« Et bien ? » elle demande.
Ils sont toujours verts, bien sûr, mais je ne vois plus rien de bizarre dans leur couleur. C’est un vert normal pour un œil, quoi.
J’en déduis que, l’autre soir, j’avais dû rêver.
« D’accord, je dis. Je suis idiot.
— Non, elle dit en souriant. Vous êtes en état de choc. Vous m’excusez, je dois y aller.
— Un instant, je dis. Expliquez moi au moins ce qu’il s’est passé. »
J’ai une vague idée, mais j’ai encore des doutes sur pas mal de points. Le lien entre les quatre bouquins et l’invocation de Satan, d’accord, mais les meurtres ?
« D’accord, lâche la fille en soupirant. Ces types croyaient qu’ils pourraient invoquer Satan aujourd’hui, et recevoir son pouvoir, parce que l’alignement des astres est favorable.
— Mais pourquoi est-ce qu’ils ont abattu ces gens ?
— Il n’y a qu’un seul Satan, et plusieurs personnes qui voulaient son pouvoir. Ce n’est pas la première fois que des tueurs se tuent parce qu’ils ne veulent pas partager le butin.
— Et les pages arrachées ?
— Une autre façon de s’assurer que personne ne leur invoquerait Satan sous le nez, je suppose. Bon, j’y vais. Les policiers vont s’occuper de vous. »
Je regarde un peu s’éloigner, toujours ahuri, celle qui travaille en fait pour Interpol. Et puis des flics arrivent, ils me mettent quelque chose sur le dos, et ils me demandent si je vais bien.
Je leur réponds que oui, et c’est vrai, parce que je suis soulagé, à la fois de m’en être sorti vivent et parce qu’il y avait bien une explication rationnelle là-dessous. Mais un peu déçu, aussi, parce que j’ai jamais vraiment cru en quoi que ce soit, sauf quand j’étais gamin, et, franchement, rencontrer Satan, ç’aurait été excitant.
*****
L’agent d’Interpol marche d’un pas rapide. Elle passe la main dans sa poche et ressort la carte qu’elle a montré au détective. Elle la jette dans la première poubelle qu’elle rencontre, parce qu’elle n’en aura plus besoin et qu’elle n’était même pas très bien faite.
Ensuite, elle replonge sa main dans une poche et sort les pages arrachées qu’elle a récupérées. Elle les déchire méthodiquement avant de jeter les morceaux un peu partout : dans un ruisseau, dans une poubelle, et puis au bout d’un moment elle en a marre et elle se contente de laisser le vent les éparpiller.
À un moment, elle cligne des yeux d’une certaine façon et enlève ses lentilles de couleur verte, parce qu’elle n’est pas habituée à les porter et qu’elles commencent à la gêner un peu. Elle les range dans une petite boîte qu’elle met dans sa poche, puis elle se passe une main autour des yeux pour s’essuyer les larmes qui ont un peu coulé, parce qu’ils sont irrités.
Ses yeux, ils sont verts aussi, mais pas tout à fait de la même couleur que les lentilles. Plus sombres. Un vert bizarre.
mardi 9 janvier 2007
Par Nera, mardi 9 janvier 2007 à 23:12 :: Romans - Fantastique - Laura
![]() |
Pour sa première enquête sur un meurtre, Mélanie est servie. Non seulement son amie (ou était-ce ennemie ?) d'enfance est apparemment impliquée dans cette sombre histoire, mais en plus il ne s'agit jpas d'un évènement isolé. Mais le plus gênant, c'est que «Lumière Blanche», secte vouée à l'élimination des démons et autres créatures maudites, a décidé de reprendre l'affaire en main pour faire le ménage. Son enquête va mener Mélanie plus loin qu'elle ne l'aurait pensé et qu'elle ne l'aurait voulu. |
Remarque : il est recommandé de télécharger le PDF ; en effet, l'export au format HTML n'est pas parfait et une partie de la mise en page est perdue.
Ce «roman» (ou, plus exactement vu la taille, cette novella) est le premier d'une série de textes indépendants impliquant Laura.
Cette nouvelle est libre. Vous avez le droit de la modifier et de la redistribuer selon les conditions de la General Public License telle que publiée par la Free Software Foundation
jeudi 15 septembre 2005
Par Nera, jeudi 15 septembre 2005 à 23:36 :: Nouvelles - Fantastique - Laura
Anagramme est une nouvelle de fantastique ou d'horreur, selon comment on la considère ; en tout cas, une nouvelle avec des vampires.
Elle implique le personnage de Laura et se situerait chronologiquement, s'il y avait une chronologie rigoureuse, entre L'énième prophétie et Delirium / L'ange du chaos.
Cette nouvelle peut être téléchargée au format PDF ou au format HTML un peu mieux formatté que sur cette page. Sinon, elle est aussi incluse dans le recueil papier «Vers le chaos».
La nuit s’annonçait merdique. La journée avait bien commencé, pourtant. Une mission facile, éliminer un vampire de bas rang qui n’avait que récemment rejoint le camp des morts-vivants.
Aucune difficulté pour les frères — et la sœur — Grant. Kyle, Lucie et Arthur avaient déjà massacré des dizaines de suceurs de sang. C’était leur boulot. Et ils le faisaient bien.
Et, voilà que, juste au crépuscule, ils avaient aperçu Camille. Camille, qui était parmi les vampires les plus anciens — on murmurait qu’elle avait plus de quatre siècles. Camille, dont la tête était mise à prix à plusieurs millions d’euros.
Et ils étaient tombés sur elle par hasard. Alors qu’ils discutaient dans leur van banalisé sur la façon dont ils allaient opérer. Lucie avait levé la tête de sa tasse de café, froncé les sourcils et dit « Cette fille me rappelle quelqu’un ».
Et la bande l’avaient suivie, évidemment. Cinq millions, la gloire, et un suceur de sang de moins ? L’occasion était trop belle.
Mais voilà, si Camille avait survécu aussi longtemps, c’était parce qu’elle n’était pas si facile à tuer. Sans aucun signe qui aurait permis aux Grant de se rendre compte qu’ils avaient été repérés, elle les avaient traînés dans un vieux bâtiment en ruine.
Lorsqu’ils étaient entrés à sa suite, la vampire avait disparu. La porte d’entrée s’était refermée derrière eux. Et des zombies étaient sortis de partout.
Ce n’était pas des adversaires très puissants, mais, après quelques minutes de combat acharné, les morts-vivants continuaient à surgir, alors que les frères — et la sœur Grant, eux, commençaient à sacrément manquer de balles.
Putain de nuit de merde.
Dans un tonnerre assourdissant, la porte vola en éclats. Durant quelques instants, l’ensemble des combattants — zombies compris — se figea, et tous les regards se tournèrent vers l’entrée, alors que les morceaux de bois finissaient de retomber au sol.
Dans le cadre de la porte se tenait une jeune fille dont une bonne partie du visage était caché par de longs cheveux noirs et des lunettes de soleil. Elle portait un manteau en cuir, noir lui aussi, qui lui descendait jusqu’en dessous des genoux. Elle tenait à la main gauche deux bouteilles remplies d’un liquide translucide et fermées par des chiffons rouges en train de se consumer. À la main droite elle avait jerrican d’essence.
Elle posa ce dernier au sol d’un geste lent, alors que les vampires — comme les Grant — restaient pétrifiés, puis fouilla dans une poche de son manteau et en sortit une cigarette de marijuana qu’elle mit dans sa bouche. Elle l’alluma en se servant d’un des cocktails molotov qu’elle tenait à la main gauche. Puis, tout en tirant une bouffée, elle les projeta d’un revers du bras.
Et la situation se défigea. Alors que les deux bouteilles roulaient sur le sol, Lucie utilisa ses dernières munitions pour dégager le chemin entre le groupe et la porte. Arthur utilisa son physique de viking pour repousser deux morts-vivants qui le collaient de trop près, et Kyle donna un grand coup avec la crosse de son fusil à canon scié à un autre zombie.
Puis ce fut le chaos : les deux frères et la sœur Grant se frayèrent un passage vers la sortie, alors que les deux cocktails s’embrasaient — avec quelques non-morts — et que la jeune fille en noir répandait de l’essence un peu partout.
Puis elle sortit à son tour, tira une dernière bouffée sur son joint, et l’envoya d’un geste du pouce au milieu des cadavres animés (mais plus pour très longtemps).
Lucie fut la première à reprendre son souffle.
« Merci, dit-elle à l’inconnue en noire. Je ne sais pas ce que nous serions devenus sans vous.
— Des zombies, j’imagine », répondit froidement la jeune fille en se retournant et en commençant à s’écarter.
« Mais qui êtes-vous ? » demanda Kyle.
La jeune fille s’immobilisa et se mit à sourire.
« Van Helsing, répondit-elle. Laura Van Helsing. »
*****
C’était aussi une nuit de merde pour Mélanie. Elle avait les poignets pratiquement en sang à cause des menottes qui la rattachaient au radiateur depuis pratiquement vingt-quatre heures. Ce qui n’était pas le plus gênant. Le plus gênant, c’était que la personne qui l’avait attachée n’allait pas tarder à revenir.
Victor revint effectivement peu de temps après la tombée de la nuit. Il bâilla nonchalamment, dévoilant au passage des canines proéminentes. Probablement pour l’impressioner, supposa Mélanie.
« Cela doit vous changer ? demanda-t-il. Je veux dire, d’habitude, ce n’est pas les flics qui finissent ligotés.
— Vous comptez faire quoi ? demanda la policière sur un ton neutre.
— Je n’ai rien contre vous, répondit Victor. Mais il se trouve que j’ai besoin de sang.
— Même si vous devez tuer pour ça ? »
Le vampire haussa les épaules.
« Bah, les mortels sont destinés à mourir, non ? Un peu plus tôt, un peu plus tard, ça change quoi ?
— Pas mal de choses, répliqua Mélanie.
— De toutes façons, je n’ai pas le choix, répondit Victor, qui paraissait presque triste . Je suis un vampire.
— On a toujours le choix, fit Mélanie avec un léger sourire aux lèvres. Et puis, n’y a-t-il pas un proverbe qui dit « Tue un humain, et tu auras à boire pour la nuit. Sympathise avec quelques humains, et tu auras à boire pour le reste de leurs jours » ? »
*****
Driiiing.
Camille se dirigea sans se presser vers la porte d’entrée de son appartement. Quelques siècles avant, elle aurait habité dans un énorme et sinistre château, mais ce n’était pas actuellement la meilleure façon de survivre lorsqu’on était un vampire. Et puis, accessoirement, un appartement était plus facile à chauffer.
Elle jeta un coup d’œil dans le judas avant d’ouvrir. Une fille aux lunettes de soleil et en manteau noir. Tout à fait le look de ces nouveaux chasseurs de vampires. Ou de ces nouveaux vampires, aussi. Elle ouvrit la porte.
« Vous désirez ? » demanda-t-elle.
La jeune fille en noir retira ses lunettes de soleil, dévoilant des yeux verts, et dévisagea un instant Camille. Cette dernière, malgré ses quelques siècles, paraissait toujours avoir une vingtaine d’années. Elle avait le visage un peu plus lisse et pale que la moyenne, mais à part ça, avait l’appararence d’une jeune fille totalement ordinaire, y compris dans la façon de s’habiller. Les Grant avaient du mérite à l’avoir reconnue.
« Laurdac, répondit la jeune fille en tendant la main vers Camille. Je vous avais eue au téléphone.
— Je vois, répondit Camille en ignorant la main. Entrez. »
Laurdac lui avait en effet téléphonée dans la journée, alors qu’elle dormait. Drôle d’idée. Elle prétendait avoir des informations à lui donner, une liste de noms de chasseurs de vampires. Camille trouvait ça louche. Ou bien il s’agissait d’une vampire peu discrète qui ne survivrait pas longtemps, ou bien il s’agissait d’une chasseuse de vampires. Qui ne survivrait, elle n’en avait aucun doute, encore moins longtemps.
C’était probablement la deuxième solution, d’ailleurs. À part son nom, Laurdac n’avait pas grand chose de vampirique. Si c’était une chasseuse, elle était courageuse de venir l’attaquer de nuit chez elle. Ou suicidaire, plutôt.
Camille alla s’asseoir dans un fauteuil, invitant d’un geste Laurdac à se mettre dans le canapé.
« Bien, commença Camille. Récapitulons. Qu’est-ce que vous me proposiez ? »
Laurdac plongea sa main dans son manteau et en ressortit deux feuilles de papier.
« De l’information, répondit-elle. Des noms de chasseurs de vampires.
— Et qu’est-ce qui me prouve que ce ne sont pas des noms aléatoires tirés de l’annuaire ?
— Intérêts communs, répliqua Laurdac en souriant. Ça m’arrange aussi si vous les éliminez.
— Et qu’est-ce que... » commença Camille, mais elle fut interrompue par le téléphone. « Excusez moi », dit-elle en se levant et en sortant de la pièce.
Laurdac profita de son absence pour retirer son manteau et se mettre un peu plus à l’aise. Bon, la rencontre ne s’annonçait pas trop mal pour l’instant. Elle était encore en vie.
Camille revint au bout de quelques secondes et s’assit à côté de Laurdac sur le canapé.
« Je crois que vous vous méprenez sur moi, fit-elle.
— Comment ça ? demanda Laurdac.
— Vous pensiez vraiment que j’allais vous prendre pour l’une des nôtres alors que vous avez éliminé mes serviteurs il y a à peine une heure, Laura Van Helsing ? »
Laura arbora un léger sourire, un peu nerveux. La rencontre n’allait peut-être pas se dérouler aussi bien que prévu, finalement.
Camille plongea ses canines dans le poignet droit de Laurdac / Van Helsing, puis plaça un verre ballon en dessous pour récupérer le sang qui en coulait.
La chasseuse de vampires ne luttait pas. De toutes façons, elle n’avait pas d’arme efficace sur elle, et la vampire aurait probablement le dessus au corps à corps.
Elle se contenta donc de regarder avec détachement Camille changer de verre parce que le premier était plein. Puis cette dernière relâcha son poignet, qui tomba mollement sur le canapé.
« J’ai sali le canapé, remarqua Van Helsing. J’espère que vous ne m’en voulez pas. »
Camille se contenta de hausser les épaules et lui tendit un des verres.
« J’y ai droit aussi ? demanda la chasseuse en l’attrapant.
— Je ne voudrais pas être impolie, répondit Camille en portant son verre à ses lèvres. Santé ! »
Laura ne put s’empêcher de sourire, et avala la moitié de son verre. Ce n’était pas aussi désagréable que ce à quoi elle s’était attendue. Elle tendit néanmoins son verre à Camille.
« Tenez, dit-elle. Je crois que vous appréciez cela plus que moi.
— Merci, répondit la vampire. Je dois admettre que je vous trouve courageuse. Ou résignée. Vous n’avez pas peur ? »
Laura haussa les épaules.
« Je sais que vous ne vous appelez pas vraiment Camille, dit-elle. Carmilla, c’est votre vrai nom, n’est-ce pas ?
— En effet. Et alors ?
— Et moi c’est Laura. Carmilla et Laura. Dans le bouquin, c’est moi qui gagne et c’est vous qui mourez, non ? Pourquoi est-ce que j’aurais peur ?
— Tu ne devrais pas trop faire confiance aux livres, répliqua Camille. On est dans la réalité, et ce n’est pas t’appeler « Laura » ou même « Van Helsing » qui te sauvera.
— On se tutoie, maintenant ? demanda la « chasseuse » (qui était maintenant plus dans le rôle d’une proie, il fallait l’admettre) en levant un sourcil.
— Pourquoi pas ? demanda Camille. Je ne vais pas tarder à faire de toi ma fille des ténèbres. Quelle ironie, hein ? Tu es venue éliminer une vampire, et tu vas en devenir une à ton tour. »
Laura sourit et secoua la tête lentement.
« On dirait que c’est maintenant vous qui vous méprenez sur moi, dit-elle. Je ne suis pas venue pour vous tuer.
— Ah ? Et tu es venue pour quoi, alors ? »
La jeune femme utilisa sa main intacte pour sortir son portefeuilles et en tira une photo d’un homme à lunettes et aux cheveux courts et la passa à Camille.
« Victor Terenski, dit-elle. Devenu l’un des « vôtres » depuis quelques jours, il semblerait. J’ai des raisons de croire que mon amie est avec lui. J’aimerais la retrouver avant qu’elle ne soit morte. Ou même non-morte, de préférence. Et je sais que vous êtes bien informée.
— Et pourquoi j’aiderais quelqu’un qui a tué mes zombies ? »
Laura se mordit la lèvre, gênée.
« Et bieeeen... Ce n’était que des cadavres, non ? Pas de quoi en faire un drame. Et je vous ai donné du sang. Du sang contre une information, ça me paraît honnête, non ? »
Camille parut sceptique.
« Et qu’est-ce que tu comptes faire du vampire ? demanda-t-elle. L’éliminer ?
— Pas si je peux l’éviter. Je veux retrouver mon amie, c’est tout. »
Camille hocha la tête, se leva et passa dans la pièce à côté. Laura en profita pour examiner son poignet. Le sang avait commencé à coaguler et s’était arrêté de couler. Elle n’en avait somme toute pas trop perdu, mis à part les deux verres : le canapé était presque propre. Enfin, pas trop sale. Récupérable, quoi.
« Apparemment, fit Camille en entrant dans la pièce, il est dans un squat, rue Sheridan. Et mets ça au passage, ajouta-t-elle en lui tendant de quoi se panser.
— Merci, répondit la jeune fille en enroulant la bande autour de son poignet. Je peux savoir pourquoi vous m’aider ?
— Si tu es prête à t’affronter à mes zombies, à venir chez moi en pleine nuit et à te vider de la moitié de ton sang pour obtenir une adresse, je suppose qu’elle en vaut la peine ? »
La jeune fille sourit en attrapant son manteau.
« Ouais. Merci, en tout cas.
— Hey, fit Camille alors qu’elle s’apprêtait à partir, Van Helsing ou quelque soit ton nom, si un de ces quatre tu as envie de rejoindre les non-morts, tu as mon téléphone. »
*****
La porte du squat ne vola pas en éclats, mais se contenta de s’ouvrir violemment, et la pseudo chasseuse de vampires, sans aucune prudence, se précipita à l’intérieur, un pistolet au poing.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour trouver où était Mélanie, mais Victor Terenski avait déjà eu le temps de se placer derrière elle et de lui placer un couteau sous la gorge.
« Un geste, et elle est morte. »
Laura Van Helsing leva son arme et la pointa vers la tête de Victor.
« J’ai vu assez de sang pour la soirée, dit-elle, alors lâche-la, et je ne te ferais rien. Tu as trois secondes. Après, tu es mort. »
Victor arbora un sourire mauvais.
« Vraiment ? demanda-t-il. Primo, tu as toujours la sécurité sur ton arme. Secundo, qu’est-ce qu’une balle ferait à un vampire ?
— Primo, répliqua la chasseuse, il ne me faut que quelques nanosecondes pour enlever la sécurité. » Elle tripota son armes quelques secondes et parvint enfin à localiser la sécurité et à la retirer. « Voilà, c’est fait. Secundo, c’est des balles en argent. »
Mélanie grimaça.
« Quoi ? demanda Laura.
— L’argent, c’est pour les loups-garous, souffla Mélanie. Pas pour les vampires.
— Oh. Je voulais dire, des balles en ail.
— Tu t’enfonces, soupira Mélanie. En plus, c’est le pistolet à billes que tu avais offert à ton neveu.
— Oui, mais des billes en ail. »
Mélanie secoua la tête avec un air navré ; Victor dut reculer sa lame pour éviter qu’elle ne se blesse.
« Tu ne sais jamais quand il faut t’arrêter », fit-elle.
La chasseuse baissa son arme en soupirant.
« Oh, excuse moi. Maintenant, si tu n’avais pas décidé d’enquêter sur cette disparition de cadavre dont, soit dit en passant, personne n’avait rien à foutre, je n’aurais même pas eu besoin de commencer, je te signale.
— Et moi », répliqua Mélanie tandis que Victor n’osait pas intervenir et espérait que la dispute n’allait pas durer, je te signale que je n’ai pas besoin que tu sois derrière moi tout le temps ! Je suis capable de me débrouiller toute seule.
Laura se mordit les lèvres.
« Mais merde ! fit-elle en agitant les bras. Je me faisais du souci ! Je ne savais même pas si tu n’étais pas morte ! Je me suis coltinée des zombies, des chasseurs du Vatican, je me suis faite sucer le sang pour savoir où tu étais ! Et quand j’arrive tu fous mon plan en l’air en révélant que je n’ai pas une vraie arme ! »
Mélanie fronça les sourcils, et aperçut le bandage sur le poignet de son amie.
« Tu es blessée ? » demanda-t-elle, plus calmement.
Laura haussa les épaules et secoua la tête.
« Non, c’est rien, répondit-elle, calmée aussi. Et toi ?
— Ça va, fit Mélanie.
— Bon. Vous la laissez partir, alors ? »
Victor parut hésiter un instant.
« Si je le fais, vous vous en allez en m’oubliant ?
— Ça me va, répondit Laura en souriant. D’ailleurs, je ne me souviens déjà plus de votre nom. »
*****
« Tu es sûre que ça va ? demanda Laura en attrapant la main de son amie.
— Ouais.
— Il ne t’a pas mordue ?
— Non. Il voulait à un moment. Il était perturbé par sa... transformation. Mais finalement il s’est décidé à se limiter à boire le sang des animaux.
— J’espère que tu lui as dit de ne pas toucher aux chats. »
Alors qu’elle sortaient de l’immeuble, Laura aperçut les trois Grant qui descendaient de leur véhicule.
« Vous arrivez trop tard, lança-t-elle joyeusement.
— Vraiment ? demanda Lucie, visiblement déçue.
— Vraiment. J’espère que vous aurez plus de chance une autre fois.
— Bah, fit Kyle, ce qui compte, c’est qu’il y ait une de ces pourritures en moins.
— En tout cas, ajouta Lucie, merci encore pour tout à l’heure, mademoiselle Van Helsing.
— C’est naturel.
— Bonne fin de soirée, mademoiselle Van Helsing », fit Kyle avec une ébauche de salut militaire en remontant dans le van. Qui s’ebranla peu après.
« Mademoiselle Van Helsing ? répéta Mélanie une fois qu’ils furent partis.
— Ouais ?
— Mademoiselle Van Helsing ?
— Ben quoi ? demanda Laura. Apparemment, ça les a impressionnés. Peut-être qu’ils ont cru que c’était mon vrai nom.
— Et pourquoi pas Dracula, tant que tu y étais ? Ou un anagramme foireux ? C’est d’un nul. »
Laura grimaça.
« Bon, tout ça c’est fini, d’accord ? dit-elle. Maintenant on va rentrer et finir la nuit dans un lit douillet. Il ne faudrait pas rater le dernier métro.
— Je ne voulais pas te vexer, dit Mélanie en souriant. Merci d’être venue. Même si je m’en serais tirée sans toi. »
Laura passa un bras autour de son amie et jeta un coup d’œil au ciel. Les lumières de la ville l’empêchaient de voir les étoiles, mais elle pouvait distinguer la pleine lune à moitié cachée derrière un nuage.
Finalement, la nuit était plutôt belle.
vendredi 8 avril 2005
Par Nera, vendredi 8 avril 2005 à 22:44 :: Romans - Fantastique
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