Neil gaiman : Jouons à être toi
Par Nera, samedi 6 octobre 2007 à 14:51 :: Lecture :: #123 :: rss
<< Scott Lynch : Les mensonges de Locke Lamora  Jouons à être toi (A game of you) en anglais est un comics faisant partie de la série Sandman, écrit par Neil Gaiman (et illustré par Shawn McManus, Colleen Doran, Bryan Talbot, George Pratt, Stan Woch et Dick Giordano). C'est le cinquième volume de la série, et il a été publié en anglais en 1993 et en français en 2006.
Cette histoire est centrée autour du personnage de Barbie. Pour faire bref, Barbie, qui avait l'habitude de visiter un pays imaginaire dans ses rêves, ne rêve plus depuis quelques temps. Jusqu'au jour où une créature de ce pays, Martin Tenbones, apparaît dans le monde réel. Barbie va alors devoir retourner dans le pays dont elle rêvait pour le sauver du «coucou».
Le scénario mélange assez habilement le côté onirique et fantastique avec une quête d'identité. Ce que j'ai trouvé le plus intéressant, ce sont surtout les voisines de Barbie. En plus de la sorcière Thessaly, on trouve en effet un couple de lesbiennes, Foxglove et Hazel (qui réapparaîtront d'ailleurs dans la série Death se déroulant dans le même univers), et surtout Wanda, qui est transsexuelle.
La relation avec Barbie est particulièrement intéressante, j'avais notamment trouvé assez amusant le fait que, pendant que Barbie est dans les rêves en quête d'identité ce soit la transsexuelle qui reste à son chevet dans le monde réel. La scène finale du roman est aussi particulièrement touchante et sympathique, même si je mettrais tout de même un bemol.
Mais avant, il me paraît important de préciser que la suite de ce post risque bien de gâcher une partie non négligeable de l'intrigue.
Lisez à vos risques et périls.
SPOILER, quoi
Dans des évènements que je ne décrirais pas plus en détail pour ceux qui pourraient être spoilées mais outrepassent quand même la balise «spoiler» par curiosité, Wanda meurt.
Déjà, en soi, je dois dire que cela m'avait déjà frustré en soi. Non pas parce que je pense que les trans' devraient être immortels dans la fiction, mais parce que c'est le seul personnage du «groupe» qui meurt et que j'ai un peu l'impression que, les rares fois où un personnage trans' apparait de manière positive, il faut que ce soit de manière tragique avec la mort à la clé (à vrai dire, même si c'est une impression que j'ai eu, j'ai assez peu d'exemples concrets pour l'appuyer, mis à part La mauvaise éducation et, mais là ce serait difficile de reprocher le destin tragique vu qu'il s'agit d'une histoire vraie, Boys don't cry. Ah, et un épisode d'une série télé dont je me souviens plus le nom.).
Ensuite, et c'est là le point que j'ai vraiment aimé de cette fin, Barbie va à l'enterrement de son amie et rencontre ses parents transphobes qui persistent à considérer qu'il s'agissait d'un homme. La scène qui m'a particulièrement touchée est quand Barbie revient un peu après voir la pierre tombale et barre au rouge à lèvres le nom masculin que portait Wanda pour écrire à la place celui qu'elle s'est choisie.
Enfin, la dernière page je crois, Barbie fait un rêve où Wanda, accompagnée de Death, vient dire au-revoir à Barbie. Dans ce rêve (et, on peut donc supposer, dans la mort), Wanda a un corps maintenant complètement féminin.
Je ne vais pas blâmer Gaiman pour cette scène, surtout que ça sert d'une certaine façon l'histoire et que c'est assez difficile de trouver des texte plus «trans-friendly» dans les bédés fantastiques ; mais il n'en reste pas moins qu'elle m'interroge, parce que ce qui en ressort c'est un peu que le rêve d'une trans' c'est forcément d'avoir un corps complètement féminin (ou masculin si c'est un trans' ftm, évidemment) et que, finalement, cela ne peut être atteint que dans un rêve.
Je sais bien que c'est le discours de certaines personnes trans' qui cherchent à entrer complètement dans le genre désiré, et vont jusqu'à dire, une fois qu'elles ont été opérées, qu'elles ne sont plus transsexuelles mais de vraies hommes. Il n'empêche que, quant à moi, quitte à ce qu'une personne trans' soit traitée de manière positive, j'aurais préféré qu'elle accepte pleinement et soit fière de sa transsexualité et de savoir qu'elle ne sera jamais pleinement un vrai homme ou une vraie femme, parce que de toutes façons, personne ne l'est.
Mais malgré ce petit bémol, tout de même, c'est une histoire qui vaut le détour, même si vous n'avez jamais lu de Sandman.
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