1.13

Kalia et Axelle entrèrent dans une auberge qui faisait aussi taverne. L’elfe s’y sentit tout de suite tout à fait mal à l’aise, surtout que la clientèle y était très majoritairement masculine et sensiblement alcoolisée.

Son amie, elle, se dirigea directement vers le comptoir.

« Deux bières, s’il vous plaît. Et je voudrais savoir si vous avez des chambres ? demanda-t-elle à la serveuse, une jeune femme rousse.

— Bien sûr. Vous êtes deux ?

— C’est ça.

— J’en ai une avec un lit double », expliqua la serveuse en leur tendant deux verres. « Payable d’avance. »

Axelle resta figée quelques instants, puis fit un grand sourire.

« Oh, oui. Tiens, j’avais oublié ce léger détail.

— On n’a pas d’argent ? demanda Kalia.

— Ben, tu te rappelles qu’on était parties un peu... précipitamment ?

— Hé ! fit un des hommes accoudés au bar. Moi, j’ai une chambre vachement spacieuse.

— Moi aussi, renchérit un autre. Vous êtes célibataires, mesdemoiselles.

— On est... ensemble », répliqua Axelle, aussi froide que la glace.

Il y eut un moment de silence, pendant que les hommes analysaient la signification exacte de la phrase.

« Je pense, confia doucement Kalia à la serveuse, que vous devriez ranger les bouteilles les plus chères. Au cas où.

— Oh ! reprit le premier homme, qui avait enfin compris. Ça ne me gêne pas. Les trucs à trois, ça me va aussi.

— Les trucs à trois, fit un autre, je dis pas. Mais deux filles entre elles, seules ? C’est quand même pas naturel. »

Kalia soupira, puis absorba une gorgée de bière. Elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir, lorsqu’elle entendit un petit choc sourd, qu’Axelle tenait d’une main l’homme par la gorge, contre le mur, et lui sussurrait, en lui regardant avec des yeux verts subitement très menaçants :

« Tu veux que je sois naturelle ? Juste un mot. Vas y. Je meurs d’envie d’être très naturelle.

— Dites demanda Kalia à la serveuse. Les armes interdites en ville, ça s’applique aussi pour les taverniers ? Parce qu’à votre place, j’aurais une arme sous le comptoir, je la sortirais maintenant. Si vous en laissez un attraper une bouteille et l’attaquer physiquement, il risque d’y avoir de la casse. »

1.14

Anthony avait réuni la plupart de ses hommes dans les quartiers de la garde.

« Bien, conclua-t-il. Je vous ai expliqué la situation. Maintenant, monsieur Delanuit va vous parler un peu plus de ces morts-vivants.

— Bonsoir, messieurs, lança le mage. Comme leur nom l’indique, ces monstres sont morts. Ils ne ressentent pas la douleur, et ne mourront définitivement que si vous vous attaquez à la tête. Voilà pour les mauvaises nouvelles. Maintenant, les bonnes. Ils sont stupides, et ils sont lents. Restez en petits groupes et à distance raisonnables, et vous serez en sécurité.

— À ce sujet, compléta le capitaine. Vous allez constituer des groupes de trois. Vous aurez au moins une arbalète dans chaque unité. Comme vous l’avez compris, visez la tête. Dans la mesure du possible, ne vous approchez pas de ces créatures. Je ne veux pas que vous vous sépariez. Comme l’a dit monsieur Delanuit, ils sont lents et stupides ; mais ne commettez pas l’erreur de négliger le danger pour autant.

— Et si on est mordu ? demanda un agent.

— Il faut plus de vingt-quatre heures pour devenir mort-vivant, expliqua le mage. Ça vous laisse le temps de venir me voir. Il existe des antidotes. Mais prévenez-moi impérativement. D’autres questions ?

— Est-ce qu’on aura une prime ? »

1.15

« Voilà votre chambre, fit la serveuse.

— Merci, répondit Kalia.

— Euh... dites. L’argent que vous m’avez donné... Vous l’avez...

— Oh, non, coupa Axelle. Cet homme a insisté pour me le donner. Brave type, il voulait s’excuser.

— Oui... euh... Bien sûr. D’accord.

— Ce serait possible un bain ? demanda Kalia.

— Oh, oui, bien sûr », répondit la serveuse, soulagée de changer de sujet. « Je vais faire chauffer de l’eau. »

1.16

« Vous pouvez me répéter ça ? demanda Anthony.

— Vous avez bien entendu, capitaine. Je dois faire ce rituel au milieu de la grand place.

— Je ne peux pas vous laisser faire ça. C’est trop dangereux.

— Non. Je vais attirer ces créatures. Vos hommes n’auront qu’à les abattre.

— Vous parlez de concentrer ces morts-vivants en pleine ville ! »

Le mage soupira, et se caressa la barbe.

« Ils y sont sans doute déjà, expliqua-t-il. Si je fais ce rituel dans les bois, ça ne servira à rien. Son rayon d’action est limité. Je cherche à protéger les citoyens. C’est tout. »

Anthony grogna. Il n’était pas certain de chercher à protéger les citoyens de la même façon que le mage.