Lucie de Guymor s’est assise en première et a attendu une bonne dizaine de minutes que tous les membres du Conseil la rejoignent à la table.

Les rôles à la tête de l’état ont été redistribués depuis la révolte du Déni, et, maintenant, la reine a beaucoup moins de pouvoir, même si c’est toujours elle qui représente officiellement la nation.

Le nouveau rôle du Conseil l’inquiétait un peu au départ mais, grâce aux garde-fous garantissant que les candidats ont un niveau minimum de culture et de revenus, les décisions de cet organe n’ont pas été, comme elle le craignait un moment, chaotiques et populistes, mais au contraire sages et réfléchies, même si les discussions sont parfois difficiles ; notamment, le Borgne et Léhen, tous les deux élus conseillers, ne s’entendent toujours pas très bien.

Aujourd’hui, la reine est fière de pouvoir annoncer les résultats obtenus au Darnolc. Tout le monde s’en félicite, même Léhen, qui n’a aucune sympathie pour les nouveaux dirigeants du pays mais est tout de même heureux qu’un démon soit mort.

Puis vient le moment de parler des nouvelles réformes destinés à moderniser le pays. Léhen peste pour la forme. Un conseiller qui possède plusieurs magasins se félicite de la liberté accrue de commerce. Le Borgne tempère un peu le tout, en expliquant que certaines personnes trouvent que c’est insuffisant et que ça profite plus aux employeurs qu’à eux. Il explique que le problème ne vient pas des réformes en elle-même, mais qu’il sera nécessaire de faire preuve de pédagogie pour les faire accepter.


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Lorsque Creso Sixte lance son sort devant les yeux ébahis du capitaine de la garde du Déni, Diane, Lili et Aymak, qui n’arrivent plus à respirer et sentent leurs yeux brûler, ne voient pas bien où se trouve la pédagogie. Les danseuses exigeaient une augmentation de salaire pour profiter de l’augmentation de l’affluence au Chaud Dragon, mais il semblerait que ça ne soit pas pour demain.

Aymak râle parce que, du coup, ce n’est pas non plus demain qu’il pourra racheter sa sœur. Surtout qu’avec tous ces changements, les prix des esclaves trolls ont augmenté.


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« Je l’aime bien, ce sort, lance le capitaine au mage. Il est de vous ?

— Oui, répond Sixte en souriant.

— Félicitations. Je sens qu’il a de l’avenir. »


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Au niveau de la magie, Gérald s’en sort moins bien, et il risque de redoubler son année. Il faut dire que son travail auprès de la reine lui demande beaucoup de temps, et il se demande s’il va pouvoir concilier les deux pendant longtemps. Il estime qu’entre sa carrière de mage et celle de conseiller en prophétie, il va devoir choisir.

Après les quelques événements auxquelles il a participé, bien que de loin, les deux options lui paraissent maintenant quelque peu ennuyeuses.


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Armand et Ly ont expliqué à la reine qu’ils rendaient leur tablier et qu’ils retournaient aux courses de dragons. Cela peut paraître quelque peu dérisoire après leurs aventures au Darnolc, mais c’est plutôt amusant et ça paye bien.

Et puis, c’est quand même plus reposant.


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Eryna s’est débrouillée pour acheter une petite maison près d’une falaise qui donne sur la mer. Elle passe une partie de son temps à cultiver un jardin qui ne devrait pas trop tarder à lui donner quelques fruits et légumes mangeables. Surtout, elle s’ennuie beaucoup. Pour l’instant, elle aime ça.

Certaines nuits, elle se réveille en sursaut en se rappelant de ce qu’elle a vécu en Enfer et de son maître Elyareleth, qui doit s’y trouver. Elle espère que ça passera avec le temps.


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Kalia aussi dort mal. Souvent, elle rêve de l’orque qu’elle a égorgée. Heureusement, quand elle se réveille, Axelle est à côté d’elle et ça la réconforte un peu.

À part ce problème de sommeil, elles vont plutôt bien, en tout cas pour l’instant. Elles se disent qu’elles s’aiment, et évitent de trop penser à l’avenir.

Elles pensent qu’elles vivront heureuses, et que, si un jour l’envie leur prend, peut-être qu’elles se débrouilleront pour se marier et même avoir des enfants, d’une façon ou d’une autre. Elles vivront heureuses, et acceptées par les autres, malgré le fait qu’elles soient deux femmes, malgré le fait qu’elles ne soient pas humaines selon les normes les plus strictes, malgré le fait qu’elles comptent bien continuer à essayer de refaire le monde, ou en tout cas de ne pas se faire refaire par lui. Elles vivront heureuses, ou alors elles mourront en essayant.

Il faut être honnête, la seconde possibilité est de loin la plus probable, mais elles évitent de trop y penser pour l’instant.