Promenade
Par Nera, samedi 22 juillet 2006 à 15:01 :: Elfe noire, démon rouge :: #59 :: rss
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Promenade
''Où l'on se réconcilie et où l'on part en voyage"
Lorsque Kalia frappa à la porte d’Axelle, il était environ quatre heures du matin, mais elle ne se demanda pas si elle dormait ou pas.
De fait, elle était éveillée et toujours habillée.
« Salut, fit Kalia lorsqu’elle ouvrit la porte. Je voulais m’excuser...
— T’excuser ? demanda Axelle en haussant les épaules. Pourquoi ? Tu n’as pas à t’excuser pour m’avoir dit ce que tu pensais.
— Je ne voulais pas que tu le prennes mal...
— Tu ne veux pas plutôt qu’on discute de ça à l’intérieur ? »
L’elfe hocha la tête et suivit son amie dans l’appartement, qui était légèrement trop ordonné pour être qualifé de chaotique.
« Tu as faim ? demanda Axelle en se coupant une tranche de saucisson.
— Non. Tu as vu l’heure ?
— Oh, arrête. Je ne t’ai pas posé la question quand tu es entrée. Et puis, c’est presque l’heure du petit-déj’.
— L’heure du saucisson ?
— Je l’ai piqué au palais. Il est vachement bon. Enfin, fais comme tu veux. Pour en revenir à ce que tu disais, c’est plutôt moi qui devrais m’excuser. Je n’aurais pas du m’emporter. »
Kalia se laissa tomber sur le lit et haussa les épaules.
« C’est pas grave. C’est passé. Qu’est-ce qu’on fait, alors ?
— Je veux aller là-bas. Tu as peut-être raison, peut-être que ce n’est pas la meilleure chose à faire, peut-être que ce n’est pas rationnel. Mais je veux tuer ce type.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est un démon, que je suis un démon, et que, par conséquent, je me sens un peu responsable.
— C’est idiot, tu...
— Oui, admit Axelle. C’est idiot. Je te l’ai dit, ce n’est pas rationnel.
— Je ne te ferai pas changer d’avis, hein ?
— Je ne crois pas. C’est quelque chose de personnel.
— Justement, protesta Kalia. Ce n’est pas juste personnel. Ça touchera tout le Darnolc, voire le monde entier.
— Ouais, mais je ne serais pas un vrai démon si je faisais passer le sort du monde avant mes intérêts personnels. »
Kalia haussa les épaules.
« Je suppose que je peux comprendre, cela dit. Se dire que tu peux changer le monde, que tu es... importante... c’est quelque chose d’enthousiasmant.
— Oui.
— Mais il ne faudrait pas que ça t’aveugle. Moi aussi, si j’écoutais mon cœur... je veux dire, juste avant que je me prenne ce carreu d’arbalète, j’avais l’impression d’être utile... Pour une fois, j’avais l’impression de ne pas être une minable.
— Tu n’es pas minable.
— Je ne sais pas. Mais ce que je veux dire, c’est que... d’accord, il y a le cœur. Mais il faut aussi réfléchir froidement, des fois.
— Je ne sais pas, répliqua Axelle. Peut-être que tu devrais plus écouter ton cœur. À trop réfléchir froidement, tu aurais gardé ton poste de garde et c’est tout, tu ne crois pas ?
— Je ne sais pas, abandonna Kalia. Bon, je suppose qu’il va falloir que j’aille faire mes bagages.
— Tu n’es pas obligée de venir.
— Non. Mais je suppose que, sur ce coup-là, je vais écouter mon cœur et rester avec toi. »
Axelle sourit, et s’allongea contre Kalia.
« Tu verras. Ça se passera bien. »
*****
Le départ eut lieu le lendemain, et le voyage se déroula sans encombre. La petite troupe, constituée d’Axelle, Kalia, William, Edine et Armand, atteignit la frontière du Darnolc en quarante-huit heures grâce aux dragons.
Ils retrouvèrent Ly et passèrent deux jours près de la frontière, à examiner la meilleure route pour poursuivre le voyage. Finalement, Edine dénicha deux Nytelovers qui connaissaient bien la région et qui acceptèrent de les guider.
Ils devaient passer à travers la forêt de Stype, au sud, qui leur permettrait d’atteindre la capitale sans se faire repérer.
« On ne pourra pas se servir des dragons dans la journée, expliqua Axelle. Et il vaudrait mieux éviter la nuit aussi. Ce serait idiot de se faire repérer à cause de ça.
— Hein ? protesta Kalia. On ne va quand même pas avancer à pied ?
— Je croyais que les promenades en forêt ne faisaient pas peur aux elfes ? demanda Edine.
— Aux elfes en général, je ne sais pas. À moi, si. Surtout quand c’est sur mille bornes.
— C’est vrai que ce n’est pas la porte à côté. Ça ne me plaît pas non plus. Mais apparemment, c’est faisable en deux semaines si on marche bien. »
Ils ne marchèrent pas très bien, apparemment, car après avoir laissé Ly et Armand à la frontière, il leur fallut près d’un mois pour atteindre leur destination.
En réalité, cela ne venait pas vraiment de leur vitesse de marche, qui n’était pas remarquable mais qui était compensée par l’utilisation des dragons dans les zones à moindre risque. Ils perdirent surtout du temps en visitant différents villages pour préparer les sympathisants Nytelovers aux évènements qui allaient arriver — même si la teneur exacte de ces évènements était encore assez floue.
À ces moments, seul Edine et un des orcs qui les accompagnaient allaient dans les villages tandis que les autres restaient cachés en forêt. Cela frustait Axelle, qui trouvait que c’était une perte de temps, tandis que Kalia était ravie de pouvoir reposer un peu ses pieds.
Au fur et à mesure de ces haltes, des orcs se joignirent à eux, et ce fut à une cinquantaine qu’ils atteignirent un petit village abandonné qui était situé à une journée de marche de la capitale.
« On reste là pour le moment, expliqua Edine. On ne peut pas s’approcher plus sans risquer d’être repérés. Seul William ira en ville.
— D’accord, on fait comme convenu, répondit Axelle tandis que les orcs commençaient à s’installer. Qu’est-ce qu’il s’est passé, ici ?
— Je ne sais pas. Peut-être que les gens sont partis en ville.
— Tous ?
— C’est relativement fréquent, en fait. Beaucoup de gens quittent les petits villages pour avoir un travail. Ou sont engagés comme soldats.
— Ils se sont sacrément entraînés avant de partir, alors, remarqua Kalia en désignant des impacts de tirs sur certains bâtiments.
— Le problème, c’est que les petits paysans ne peuvent plus gagner leur vie avec leurs terres. Elles ne leurs appartiennent pas, et avec le début de guerre, ils doivent donner de plus en plus. Alors, il y a deux solutions : soit aller chercher un travail dans une fabrique en ville, soit refuser de payer ou de céder sa terre. Mais le roi n’a pas beaucoup de pitié pour ceux qui choisissent de résister.
— C’est bientôt fini, fit Axelle.
— J’espère que tu dis vrai, soupira l’orc. Parce que si on se plante, on est mal.
— Pour l’instant, ça se passe plutôt bien.
— Pour l’instant, on s’est juste promené. »
Commentaires
1. Le samedi 22 juillet 2006 à 15:10, par Neryel :: site
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