Le coût de la liberté
Par Nera, lundi 6 mars 2006 à 19:30 :: Elfe noire, démon rouge :: #52 :: rss
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Le coût de la liberté
Où un Démon convainc un autre Démon d'en trahir un troisième
« Ne t’en fais pas », expliqua calmement Axelle en passant à côté de Béatrice. « Je n’ai pas plus envie de te tuer que tout à l’heure.
— Vous... bafouilla la servante.
— Tu peux me tutoyer. Pourquoi est-ce que tu tiens tant à servir ton maître ? Tu l’aimes tant que ça ? »
Béatrice ne répondit pas, mais, à voir son expression, Axelle décida que ce n’était pas le cas.
« Non, hein ? Écoute. Tu peux te venger de ton maître et de Léhen.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
— Que tu réalises où sont tes intérêts.
— Mais concrètement ? demanda Béatrice. Parce que c’est ça, hein ? Vous attendez quelque chose de moi ?
— Et bien, répondit Axelle en haussant les épaules, je suppose que tu as des informations qui pourraient m’intéresser.
— Vous voulez vous débarrasser de mon maître, c’est ça ?
— J’ai besoin de plus d’informations pour en décider. Mais oui, c’est probable, effectivement.
— Et votre argument, c’est que j’y gagnerais aussi.
— Il me semble. Tu serais libre.
— Ou sous vos ordres.
— Je n’aime pas donner des ordres. Mais je comprends que tu ne me fasses pas confiance aussi facilement. Le problème c’est que je ne vois pas comment te prouver ma bonne foi.
— Moi non plus. Et vous avez raison, j’ai peut-être un peu à gagner. Mais j’ai surtout beaucoup à perdre.
— Perdre quoi ? demanda Axelle. Tu risques de devenir asservie à un démon pour l’éternité ? Il me semble que tu l’es déjà. Tu pourrais peut-être tomber un peu plus bas, mais franchement, pas de beaucoup.
— Mais je risque de perdre toute chance de devenir un jour un véritable démon.
— Oh, arrête. Tu crois vraiment que tu as une chance ? Je sais qu’on vous fait miroiter ça, mais combien de damnés ont effectivement réussi à gravir les échelons de la hiérarchie démoniaque ? C’est un leurre. Pour que vous restiez sages et disciplinés.
— Bon. Peut-être. Mais concrètement, vous, vous m’offrez quoi ?
— La liberté.
— C’est un joli mot, admit Béatrice. Mais j’aimerais mieux avoir quelque chose de plus concret.
— Je ne sais pas, fit Axelle en souriant. Tu pourrais te construire une ferme et cultiver des champs. Ou voler des riches marchands et passer tes soirées à boire dans des tavernes, ce qui est sans doute plus amusant. Et si tu me demandes une grosse quantité d’argent parce que tu trouves que c’est concret, je dois pouvoir te le trouver. Tu veux quoi, toi ?
— Je voudrais une petite maison, fit Béatrice, le regard rêveur. Au bord de la mer. Je n’ai jamais vu la mer.
— Au bord de la mer ? D’accord. Marché conclu ? »
*****
Kalia bâilla pendant que le patient dont elle s’était occupée se rhabillait.
Edine, lui, griffonnait quelque chose sur un morceau de papier. L’elfe l’avait déjà remarqué faire cela à plusieurs reprises entre deux afflux de blessés, mais elle n’avait pas eu le temps de lui demander de quoi il s’agissait.
Cette fois-ci, elle se lança.
« Oh, expliqua l’orc. J’écris un article.
— Un article ?
— Pour un journal. Je voudrais raconter ce qui se passe ici à mes camarades. C’est très intéressant, je trouve.
— Un journal ? répéta l’elfe. Vous avez un journal ? »
En Erekh, la presse était encore toute balbutiante et son rôle se limitait en gros à diffuser les annonces officielles et les nouvelles lois.
« Oui, répondit Edine. On utilise ça pour informer les gens. Ça leur permet de se tenir au courant.
— Mais il y a beaucoup de gens qui savent... », commença Kalia, mais elle n’eut pas le temps de finir sa phrase.
« C’est bien là, le médecin ? coupa Axelle en trébuchant dans la petite baraque qui servait d’infirmerie.
— Axelle ? fit Kalia.
— Kalia ! Qu’est-ce que tu fais là ?
— J’aide Edine.
— Ça vous dirait de m’enlever ça ? »
Elle se tourna et lui montra son dos. Une flèche s’était fichée au milieu. Elle avait été cassée mais quelques centimètres dépassaient.
« Ouille, fit Edine qui s’était approché. Je vais voir ça.
— Bah, ça va. Mais c’est au mauvais endroit.
— Comment tu t’es pris ça ? » demanda Kalia en attrapant une compresse tandis que l’orc s’apprêtait à retirer le morceau de bois.
« En venant ici. J’espérais que dans le noir, ils n’arriveraient pas à me toucher, mais il y en a un qui a du avoir un coup de... aïe !... chance. »
L’orc venait de retirer la flèche et appliquait la compresse contre la plaie.
« Merde, jura Kalia.
— Oh, ne t’en fais pas. J’en ai vu d’autres. Ça va.
— Ce n’est pas toi qui m’inquiètes, répliqua l’elfe. Je reconnais ce genre de pointe. C’est une flèche elfique.
— Tu en es sûre ?
— Oui. Et ça explique comment ils ont pu te toucher dans l’obscurité.
— Je croyais que Léhen n’aimait pas les elfes.
— Non, admit Kalia. Et tu as bien dit que la reine prévoyait d’aller se réfugier chez eux ?
— Ça ne veut rien dire. Enfin, tu es bien une elfe, et ce n’est pas pour autant qu’on a le soutien de la forêt d’Onyx.
— Non, admit Kalia. Ça ne veut rien dire. »
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