Elle n'est pas morte
Par Nera, mercredi 4 janvier 2006 à 17:23 :: Elfe noire, démon rouge :: #46 :: rss
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Elle n'est pas morte
Où Axelle revient à Nonry
Et constate que les choses ont bien changé depuis son départ
— Si nos chevaux ne sont pas mort d’épuisement d’ici là », répliqua l’orc.
Ils avaient en effet chevauché depuis plusieurs jours. Malgré les avertissements d’Edine, Axelle ne semblait accorder aucune importance à la santé de leurs montures ni même à la sienne.
À la surprise de l’orc, elle allait pourtant de mieux en mieux. Sa jambe était redevenue capable de la porter et elle boitait à peine.
Axelle, elle, ne partageait pas le soulagement du docteur. D’accord, sa jambe allait mieux, mais son œil n’avait toujours pas repoussé, et elle commençait à croire qu’il ne guérirait pas.
Ce n’était pas absolument dramatique en soi, étant donné qu’après tout elle en avait un autre, mais Axelle commençait à trouver que ses pouvoirs démoniaques avaient fortement décliné depuis qu’elle avait abandonné le trône d’Erekh et le poste de reine démoniaque haïe par le monde entier.
Ce n’était pas qu’elle aimait particulièrement sa nature maléfique ou qu’elle avait une soif de pouvoir ; elle n’avait jamais ressenti le besoin de pousser des « Mouahahahahaha » sous des ciels orageux. Non, elle préférait avoir une vie normale, ou presque.
Mais le « ou presque » faisait tout de même une sacrée différence. C’était ça qui permettait à Axelle de s’empiffrer sans craindre de perdre sa ligne, qui faisait qu’elle n’avait pas à se maquiller pour cacher les imperfections de son visage, ou encore qui lui donnait une chance dans un combat à dix contre une sans avoir à s’entraîner des heures durant pour entretenir ses muscles et ses techniques de combat.
Jusque là, elle avait toujours affronté les obstacles en partant du principe que rien de bien grave ne pouvait lui arriver et qu’elle s’en tirerait sans une égratignure. Son orbite vide en était une importante, d’égratignure, et elle lui montrait qu’elle était vulnérable, ce qui lui semblait relativement inédit. Elle n’était pas certaine d’aimer cela.
« Stop ! lança Edine en mettant pied à terre. J’ai besoin d’une pause.
— D’accord. D’ailleurs, il faut qu’on décide de ce qu’on va faire en ville.
— J’aimerais bien m’entretenir avec la reine », expliqua l’orc.
Axelle était au courant. Il avait tenu à l’accompagner jusqu’à Nonry pour avoir une chance de la rencontrer. Ce n’était pas qu’il vouait un culte aux têtes couronnées, mais il espérait que la reine pourrait accepter de soutenir les Nytelovers, ou au moins de ne pas chercher à les éliminer si la guerre devait éclater.
La présence d’Edine encombrait Axelle. Non qu’il fût de mauvaise compagnie, mais parce qu’il fallait éviter que les gens ne remarquent qu’il était un orc. Cela allait devenir encore plus problématique en ville.
« La reine, on verra après. Il faut d’abord qu’on trouve un moyen d’arriver à mon appartement sans se faire remarquer.
— La capuche, ça ne suffira pas ? »
Axelle soupira.
« Je ne sais pas comment ça se passe au Darnolc, mais ici, un type qui se cache le visage sous une capuche, accompagné d’une femme à qui il manque un œil, ça ne passe pas inaperçu.
— Au Darnolc, j’évitais les villes. Ma tête y est mise à prix.
— Là, on n’a pas le choix. Et pour un type qui est recherché, je trouve que tu ne fais pas beaucoup d’efforts pour être discret.
— Comment ça ?
— Tu es le seul orc masculin que j’ai vu avec des cheveux.
— Ouais, il paraît que ça n’est pas viril. Mais moi, j’aime bien. »
Axelle regarda le visage d’Edine. En effet, sa chevelure noire lui allait bien. Mais le pire, c’était le regard que lui donnaient ses yeux bleu ciel et sa peau noire. Les orcs étaient toujours présentés comme des monstres hideux ; elle s’était doutée depuis un certain temps qu’ils n’étaient pas si monstrueux, mais elle n’avait pas pensé qu’ils pouvaient être si loin d’être hideux.
« J’aime bien aussi, mais passer inaperçu avec ça, ça relève du miracle.
— Et si je me faisais passer pour ton prisonnier ? Ça doit se voir, des prisonniers orcs, non ?
— On va se demander pourquoi je te fais venir chez moi. Bon, on verra ça dans deux minutes, j’ai une urgence, si tu vois ce que je veux dire. »
*****
L’ombre s’avança furtivement derrière Edine et pointa une petite arbalète vers lui.
« Levez les mains, ordonna-t-elle. Lentement. »
L’orc obéit.
« Bien. Écartez-vous des chevaux. Je suis désolée, mais je vais devoir vous en emprunter un. Voilà. Tournez vous, maintenant. »
Edine obéit à nouveau, ce qui provoqua la stupéfaction de la femme.
« Vous... vous êtes un orc ?
— Ouais. Et vous, vous êtes qui ?
— Celle à qui tu voulais causer, répondit Axelle en finissant de reboutonner son pantalon. Lucie de Guymor, reine d’Erekh. » Puis elle se tourna vers cette dernière et demanda : « Qu’est-ce que tu fais là ? »
Axelle était probablement la seule personne du royaume à tutoyer la reine, mais cette dernière ne parut pas s’en formaliser.
« J’ai des ennuis, expliqua-t-elle. Léhen veut ma peau. Il y a des types à mes trousses. Armand voulait les retarder, mais...
— Par où ? coupa Axelle en remontant à cheval.
— Là », répondit la reine en pointant le doigt dans la direction qui menait à la ville, « Mais ils sont trop nombreux... »
Axelle ne l’entendait plus, car elle avait déjà lancé son cheval au galop.
*****
Armand s’adossa contre un arbre pour ne pas s’écrouler. La situation n’était pas vraiment en sa faveur : il avait beau avoir éliminé deux adversaires, il était encore seul contre cinq ennemis, avec un carreau enfoncé dans la cuisse.
« Je ne le demanderai qu’une fois », annonça Balthasar à cheval, alors qu’un de ses hommes, lui aussi sur sa monture, menaçait le chevalier avec une arbalète. « Où est la reine ?
— Ailleurs, fit Armand.
— Oh, souffla Balthasar. Très malin. Bon, éliminez ce minable. »
L’homme à l’arbalète n’eut pas le temps d’obéir, car il s’écroula, un carreau enfoncé dans le dos.
Axelle arrivait au galop sur les combattants, et elle était assez fière d’avoir réussi à atteindre sa cible à cette distance et à cette vitesse. Elle était aussi contente de toujours avoir l’arbalète de Kalia, car elle n’avait atteint sa cible qu’à la troisième tentative.
Armand essaya de profiter de la diversion pour retourner la situation à son avantage, mais il se trouva immédiatement avec deux lames sous la gorge.
« Tss, fit Balthasar. Guillaume, Antoine, réglez-lui son compte, les autres viennent avec moi s’occuper du nouveau venu. »
Le cheval d’Axelle s’écroula lorsqu’il reçut un carreau en plein front. La jeune femme lâcha son arme et roula par terre, avant de se redresser et de courir vers ses adversaires.
Le plus proche était nez à nez avec un géant roux armé d’une masse d’armes. Axelle esquiva le coup qu’il lui portait et lui envoya un coup de poing dans l’estomac, ce qui aurait pu avoir un effet si l’homme n’avait pas porté un plastron. Son adversaire riposta en envoyant la jeune femme au sol, et l’empêcha de se relever en plaquant un pied gigantesque sur sa cage thoracique.
« Urgl, lâcha Axelle.
— Hé, fit l’homme. Regardez, chef, on dirait que notre oiseau est en fait une jolie poulette.
— On pourrait en profiter un peu, suggéra son acolyte.
— Pas le temps », répliqua Balthasar en descendant de cheval et en envoyant un couteau de jet dans la main gauche de la jeune femme, qui se mit à hurler.
« Le prochain est pour ton cou si tu ne réponds pas à ma question : qui es tu, et où est la reine ?
— Ça fait deux questions. Je m’appelle Axelle « Deux fois cent livres », danseuse au Chaud Dragon, et la reine est juste un peu plus loin sur la route. »
Balthasar hocha la tête.
« Bien. Allons-y.
— Et elle, on en fait quoi ?
— Vous me libérez, répondit Axelle.
— Je ne pense pas, non, fit Balthasar. Attachez la. Je n’aime pas tuer les femmes.
— J’ai dit : libérez-moi, répéta Axelle, plus fort. Vous êtes censés obéir. »
Les soldats la regardèrent sans comprendre. Axelle soupira.
Apparemment, même ça, ça ne marchait plus. Ses pouvoirs démoniaques n’étaient vraiment plus que l’ombre de ce qu’ils avaient été.
« Oh, et puis merde. »
Sans prendre la peine de retirer le couteau de sa paume, elle transperça le tendon d’achille de l’homme qui la clouait au sol, et se redressa avec un petit bond. Elle envoya ensuite la lame dans la cou de l’autre soldat, son pied dans la tête de Balthasar et acheva le géant avec un uppercut.
« Ah, quand même », fit Armand, l’épée nonchalamment posée contre l’épaule. « J’ai bien cru que j’allais devoir t’aider. »
*****
Armand expliquait la situation pendant qu’Edine lui bandait la jambe.
« Et vous comptez aller où, alors ? demanda Axelle qui n’avait pas pris la peine de soigner sa main.
— Dans la forêt d’Onyx, expliqua la reine. Mais j’espère que les elfes me soutiendront.
— Vous venez avec nous ? demanda Armand.
— Il n’y a qu’une seule elfe qui m’intéresse, répliqua Axelle, et elle est à Nonry.
— Je ne sais pas si c’est une bonne idée, protesta Armand. La ville va...
— Je vais à Nonry, répliqua Axelle, déterminée, en montant sur le cheval de Balthasar. Edine, tu devrais les accompagner. Ça te donnera une occasion de discuter avec la reine.
— Non, je viens avec toi. Je crois que je serai plus utile là-bas. Et puis, ça ne sert à rien que je discute avec la reine si c’est un autre qui récupère le trône. »
*****
Axelle regardait la Porte Est, qu’elle voyait pour la première fois fermée. Elle se demandait s’il suffisait de frapper pour pouvoir entrer.
« Ohé ! cria-t-elle plutôt. On peut rentrer ?
— La Porte est bloquée, répondit un nain du haut du rempart. Léhen ne passera pas !
— J’ai la gueule de Léhen ?
— On ne peut pas ouvrir, fit un autre nain. Désolé.
— Faites descendre une corde, alors. On ne va pas y passer la nuit.
— Les ordres sont de ne laisser entrer personne. »
Axelle jura. Elle n’avait aucune envie de faire le tour par la Porte Sud, non seulement parce qu’elle était paresseuse, mais aussi et surtout parce qu’elle préférait ne pas croiser de soldats.
« Est-ce que vous pourriez demander à Kalia de venir, alors ? J’ai besoin de la voir. Vous savez qui c’est ?
— Vous êtes des amis de Kalia ?
— Ouais.
— Je vais chercher une corde. Un instant. »
Axelle fut la première à grimper. Les nains se regardaient tous d’un air anxieux.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.
— C’est que...
— C’est Kalia, expliqua un nain, la tête baissée. Elle est morte. »
Axelle blêmit.
« Quoi ? demanda-t-elle faiblement. Ce n’est pas possible !
— On vient de l’apprendre. Dans le Déni, ils doivent en savoir plus. Je suis désolée.n
— Mais elle... », commença Axelle, mais elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Edine venait de prendre pied à son tour sur la muraille.
« Bon sang ! coupa un nain. C’est un orc ?
— Et alors ? demanda Axelle. Vous, vous êtes bien des nains. On est tous dans le même camp.
— Mon père est mort pendant la dernière guerre contre ces ordures ! » protesta un nain, rapidement approuvé par d’autres.
« Je suis venu ici en espérant que vous n’aurez pas à mourir dans la prochaine, répliqua Edine. Je n’ai pas envie de me battre contre vous. Je suis médecin. Je peux vous aider.
— On n’a pas besoin de toi ! répliqua un nain.
— Bien dit ! approuva un autre.
— Hum, fit un troisième, vous peut-être pas, mais Ödel s’est pris une flèche dans le ventre...
— On va pas laisser un orc le toucher !
— Ben, mieux vaut un orc que la Mort, non ?
— Montrez le moi, dit Edine en hochant la tête. Je vais voir ce que je peux faire.
— Moi, fit Axelle, je vais chercher ce qui est arrivé à Kalia. On se retrouve plus tard.
— Elle est morte, protesta Edine. Je suis désolé, et je comprends ta peine, mais tu ne crois pas que les vivants passent d’abord ?
— Non. Je veux savoir comment elle est morte, et ensuite, je vais vouloir savoir qui en est responsable. Après seulement, je m’occuperai des vivants. »
*****
« C’est toi, le Borgne ? demanda Axelle. T’es pourtant moins borgne que moi.
— C’est un état d’esprit, répliqua le Borgne en se tournant. Tu veux quoi ?
— Savoir ce qui est arrivé à Kalia.
— Elle a été blessée au début des combats. Elle voulait raisonner ses anciens collègues, mais elle s’est fait descendre. Ils l’ont amenée avec eux. Je n’en sais pas plus.
— Elle pourrait être en vie ? demanda Axelle avec espoir.
— Elle était salement amochée, et ils ont exécuté des prisonniers. Ça m’étonnerait beaucoup qu’elle soit en vie.
— Mais il y a une chance ? » s’entêta Axelle.
Le Borgne parut réfléchir un instant, puis répondit froidement :
« Non.
— Comment je peux aller de l’autre côté ?
— Ce n’est pas une bonne idée. Je ne sais pas qui tu es, mais ce n’est pas en mourant que tu ramèneras ton amie. »
Axelle attrapa le Borgne par les épaules et le plaqua contre les épaules.
« T’as raison, siffla-t-elle. Tu ne sais pas qui je suis. Alors, ne fais pas chier. Comment je vais de l’autre côté ?
— Du calme. Si tu as envie de mourir, c’est ton choix. Si tu sais ce que tu fais... »
Axelle le relâcha. Le Borgne fit signe aux quelques personnes qui s’étaient tournées vers le début d’altercation que tout allait bien.
« On a fait sauter les ponts pour se protéger, expliqua le Borgne. Tu peux tenter la nage, mais c’est risqué. S’ils te repèrent, tu es morte.
— J’aime pas la flotte.
— Par le centre ville, les rues sont barrées. C’est là où il y a tous les combats. Ce n’est pas une bonne idée. À ta place, j’attendrais la nuit et je passerais à la nage.
— T’es pas à ma place », répliqua Axelle en se dirigeant vers le centre ville.
*****
Les soldats entrèrent dans le Chaud Dragon au milieu d’une danse. Ils ne rencontrèrent aucune difficulté car Aymak’s Rock n’était pas présent : il se battait sur une barricade, quelques rues plus à l’est.
« D’accord, fit le lieutenant qui commandait la vingtaine de soldats. La soirée est terminée. Rentrez chez vous, braves gens. »
Les gens se regardèrent surpris et se demandaient s’il s’agissait d’une blague.
« J’ai dit, reprit le lieutenant en armant son arbalète, que la soirée était terminée. »
Brusquement, les spectateurs comprirent qu’ils devaient s’en aller et la salle se vida rapidement.
« Pas vous, lança le lieutenant à une danseuse qui suivez le mouvement. Vous, vous restez. »
La salle fut bientôt complètement vide, à l’exception des soldats et de celles qui travaillaient là. Les premiers avaient regroupés les secondes dans un coin de la pièce et les tenaient en joue avec leurs armes.
« Ce que vous faites ici, commença le lieutenant, est contraire aux bonnes mœurs. Vous êtes infraction...
— C’est stupide, protesta une danseuse. Notre travail est honnête et...
— Tais toi, traînée ! hurla un des hommes.
— Vous êtes toutes en état d’arrestation, ajoute le capitaine.
— C’est gonflé », commenta une voix qui venait de derrière les soldats.
Ces derniers se retournèrent, surpris, et aperçurent Axelle, adossée au mur, les bras croisés.
La position était soigneusement étudiée. Un, elle faisait ressortir sa poitrine en mettant ses bras juste dessous, et, deux, elle cachait l’arbalète qui se trouvait dans son dos.
« Qui t’es, toi ? demanda le lieutenant.
— Axelle « Deux fois cent livres ». Je travaille ici. Et je trouve que vous êtes gonflés.
— Et pourquoi ça ?
— Vous venez nous faire chier avec votre morale, vos bonnes mœurs, mais si on se déshabille devant des connards dans votre genre, c’est pas pour le plaisir, mais parce qu’il faut bien vivre. Vous êtes les premiers à nous demander d’aller plus loin et à nous violer quand on refuse. »
Le lieutenant dévisagea la jeune femme un moment. Elle n’avait pas des habits qui mettaient en valeur son physique. Elle était sale, avait un bandeau sur l’œil droit et aurait eu besoin d’une bonne semaine de sommeil, mais, étrangement, tout cela la rendait encore plus attirante.
Le lieutenant s’approcha d’elle sans un mot, dans un silence pesant. Tout le monde regardait le lieutenant en attendant anxieusement sa réaction, et le lieutenant regardait Axelle.
Il se plaça finalement juste devant elle et la regarda dans l’œil.
« T’as peut-être raison, admit-il. Ouais. En fait, le problème, c’est que vous en faites trop ou pas assez. Évidemment, si vous étiez prêtes à aller plus loin, on pourrait s’arranger. Si tu vois ce que je veux dire...
— Je vois ce que tu veux dire », fit Axelle en souriant, avant de lui envoyer son genou dans les testicules.
Elle le fit ensuite tourner, plaça un couteau sous sa gorge et leva son arbalète vers les autres soldats.
« Et bien, annonça-t-elle en souriant toujours, je vous assure que je suis prête à aller jusqu’au bout. Lâchez vos armes. »
Les soldats se regardèrent en hésitant, tandis que le lieutenant essayer d’oublier la douleur cuisante à l’entrejambe et de reprendre son souffle.
« C’est idiot, lâcha-t-il. Tu n’as qu’un otage et un seul carreau... »
Axelle ne lui laissa par le temps de finir sa phrase, car elle tira. Elle atteignit le genou d’un soldat. Ensuite, elle rechargea l’arme d’une main et envoya un deuxième carreau dans son deuxième genou. Le soldat s’écroula en hurlant.
« Un otage et plusieurs carreaux, rectifia-t-elle en rechargeant. Alors lâchez vos armes ou je vous descends tous.
— Vous ne feriez pas », commença un soldat avant de réaliser qu’Axelle avait déplacé son arme vers lui et commencé à actionner la détente. « Vous le feriez, corrigea-t-il.
— Oui. Et j’y prendrais du plaisir. »
La dernière remarque acheva de convaincre les soldats, qui déposèrent leurs armes. Les collègues d’Axelle s’occupèrent de les ligoter avec les moyens du bord.
« Bien, souffla la jeune femme à l’oreille du capitaine en les regardant faire. Maintenant, j’ai une question pour toi. Je cherche une fille. Une elfe. Elle a été capturée dans l’après-midi, et je veux savoir où elle est.
— Aucune idée. Et même si je le savais...
— Attention, coupa Axelle en rapprochant la lame. Je n’ai plus besoin de toi, alors réfléchis avant de répondre ou tu n’auras même pas le temps de le regretter.
— D’accord, déglutit le soldat. Elle a du être amenée à la place de la vertu, dans le Quartier Haut.
— Bien », fit Axelle avant de l’assommer avec la crosse de l’arbalète. « Bon, je dois y aller. À plus.
— Attends ! » fit Diane, à genoux en train d’attacher les mains d’un soldat avec les lacets de ses chaussures. « Qu’est-ce qu’on fait ?
— Je ne sais pas. Désolée. Par les égouts, on peut atteindre le Quartier Nain sans trop de difficulté. Ou alors, vous pouvez essayer de rentrer chez vous. Bonne chance. »
Elle repartit sans laisser le temps à son amie de protester, et s’élança vers le Quartier Haut.
Axelle essaya tout de même un peu de réfléchir. La place de la vertu était proche du palais royal, mais il n’était pas certain que Kalia s’y trouve. Dans tous les cas, il était probable que l’elfe était morte, et, dans ce cas, Axelle pouvait se permettre de perdre un peu plus de temps pour prendre un peu moins de risque.
Finalement, Axelle abandonne la réflexion rationnelle et conclut : si Kalia était vivante, et même s’il n’y avait qu’une chance sur un milliard pour qu’elle le soit, elle devait la retrouver au plus vite. De toutes façons, si elle était morte, plus rien n’avait de réelle importance.
Elle décida donc de foncer au plus vite. Elle passa tout de même en vitesse chez elle pour poser l’arbalète. Elle ne pourrait pas abattre tous les gardes qu’elle croiserait et l’arme la ferait repérer à coup sûr. Elle passa aussi sa robe et son manteau les plus chers, partant du principe que les gardes embêteraient moins une femme qui avait l’air riche.
Elle put effectivement, grâce à ses vêtements et à l’obscurité qui commençait à tomber sur la ville, circuler sans être interpellée et atteignit saine et sauve la place de la vertu.
Ce qu’elle vit alors lui souleva l’estomac. Il y avait des dizaines de personnes nues pendues par les pieds. Le sol était couvert de sang séché.
Mais le plus horrible, c’était qu’elle pouvait reconnaître sans hésitation l’une de ces personnes.
*****
Axelle fit lentement redescendre le corps sans vie de Kalia. Elle pleurait, ce qui était plutôt rare pour un démon.
« Hé, fit un des deux gardes qui gardaient la place. Vous ne pouvez pas faire ça.
— Et bien, je l’ai fait, répondit platement Axelle.
— Vous êtes en état d’arrestation, lança le second garde avec plus d’autorité. »
Axelle se tourna vers eux et hausser les épaules.
« Rien à faire. Tuez moi si ça vous chante.
— Eh ! fit le premier garde. Mais je vous reconnais ! Vous êtes « Deux fois cent livres » !
— Ouais.
— J’ai toujours rêvé de vérifier si ça faisait vraiment cent livres », ajouta le second garde avec un sourire malsain.
Il y eut un claquement, et les deux gardes s’écroulèrent, un petit carreau planté dans la gorge de chacun.
« À un cheval près », répondit Axelle en réarmant les deux tubes qui étaient dissimulés dans les manches de son manteau.
Ensuite, elle se remit à pleurer, et s’agenouilla à côté de Kalia.
Les seuls témoins de l’incident, c’était un couple qui restait pétrifié. Ils n’osaient pas crier, de peur de se faire tuer. Ils n’avaient pas encore eu l’idée d’aller courir chercher des gardes.
Ils ne tarderaient pas, mais, pour le moment, Axelle était tranquille et pouvait pleurer en silence.
Ou, en tout cas, elle put pleurer quelques secondes en silence avant qu’un des types pendus ne lancent :
« Hé, t’aurais pas une clope ? »
Commentaires
1. Le mercredi 4 janvier 2006 à 17:32, par Neryel :: site
2. Le mercredi 11 janvier 2006 à 14:52, par muguet
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