Dîner aux (trente-six) chandelles
Par Nera, dimanche 6 novembre 2005 à 01:06 :: Elfe noire, démon rouge :: #38 :: rss
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Dîner aux (trente-six) chandelles
Où Kalia mange de la bonne chair
et boit la tasse
— Plutôt, répondit William en haussant les épaules. Le médecin qui s’est occupé d’elle n’était pas très optimiste.
— Et ils vont la torturer.
— Oh non, corrigea William en souriant. Ils l’ont probablement déjà fait. Mes informations datent un peu. »
Kalia grimaça.
« D’accord, admit le vampire, ça n’est pas forcément un point positif. Mais je pense qu’elle s’en tirera. Viens voir. »
Il se dirigea vers la carte qui était étalée sur le bureau, et montra un point sur les montagnes, au sud du mont Aulmar.
« Apparemment, expliqua-t-il, elle a été transféré dans un petit camp, près de la frontière. C’est le premier point positif. Le second point positif, c’est que les Nytelovers sont relativement actifs dans cette zone. Je vais voir si on peut envisager une action. »
Kalia examina la carte à son tour. Effectivement, si Axelle parvenait à s’évader — ou que d’autres la faisaient évader, il ne lui faudrait pas grand chose pour atteindre le royaume d’Erekh.
« Mont Un, mont Deux, mont Trois ? lut-elle. Ce ne sont quand même pas les vrais noms ?
— Non, admit William en souriant. C’est les noms qu’on utilise avec Ly.
— Ly ? Elle est toujours là-bas ?
— Ouais. Un dragon, c’est l’idéal pour surveiller ce qu’il se passe. Et pour cartographier les environs, accessoirement. Et au lieu de ça, leur roi les utilise tous pour faire des courses. Quel crétin. »
Kalia sourit.
« Et elle, elle ne pourrait pas récupérer Axelle ?
— Trop dangereux, trancha William. Elle n’est pas de taille à affronter toute une armée.
— Parce qu’Axelle l’était ? demanda l’elfe avec une pointe d’agressivité.
— Bien sûr. Elle n’a pas encore dit son dernier mot. »
Kalia sourit une nouvelle fois. Mais elle avait du mal à être aussi confiante.
« Bon, fit-elle en bâillant, je crois que je vais rentrer me coucher.
— Ça te dirait, qu’on dîne ensemble, ce soir ? »
Elle le regarda avec des yeux ronds.
« Quoi ?
— Je t’invite au restaurant.
— En quel honneur ?
— Comme ça. Ça pourrait être amusant.
— Une autre fois, alors. Je dois préparer le rassemblement de demain.
— Préparer ? demanda William. Tu vas envoyer des cartes d’invitation ? »
Kalia lui jeta un regard mauvais.
« Pourquoi est-ce que tu veux m’inviter ? demanda-t-elle. Ça ne te ressemble pas.
— D’accord, admit William avec un sourire contrit. Balthasar, le bras droit de Léhen, va aller manger dans un restaurant avec un commandant en charge de troupes à la frontière du Darnolc. J’aimerais savoir ce qu’ils se racontent, et j’ai peur de me faire remarquer si j’y vais tout seul.
— Tu as raison, admit l’elfe en souriant. Ça pourrait être amusant. »
*****
Kalia regardait avec circonspection la baignoire remplie d’eau qui se trouvait sous ses yeux.
« Et je suis dois me déshabiller ? demanda-t-elle.
— Euh, oui, répondit la servante. J’ai tiré le rideau.
— Et vous, vous restez là ?
— Oui, si vous voulez un massage, ou que je vous lave les cheveux...
— Je crois que je préférerais rester seule, répliqua Kalia. Je veux dire, je ne veux pas vous offenser, mais...
— Je comprends, fit la servante en s’inclinant. Je vais vous laisser. »
Une fois seule, Kalia se déshabilla et se plongea dans l’eau chaude. Elle devait admettre que c’était plutôt agréable.
C’était la première fois depuis qu’elle était à Nonry qu’elle pouvait se permettre ce genre de petite fantaisie. Les bains publics étaient en effet quelque chose de rare et cher. Grâce à William, elle pouvait profiter du luxe du palais royal, et elle devait admettre qu’elle aimait ça.
Elle resta un certain temps à somnoler dans l’eau chaude, puis se lava les cheveux. Ensuite, elle se remit à rêvasser, le corps entièrement immergé à l’exception de la tête et des pieds qui étaient posés sur la porcelaine.
Et puis, soudainement, elle sentit une pression sur son crâne et sa tête plongea sous la surface. Elle essaya de la remonter, paniquée, mais elle était maintenue sous l’eau. Et puis, au bout de quelques bonnes dizaines de secondes, la main qui la tenait fut enlevée et elle put relever la tête et respirer.
Alors qu’elle reprenait son souffle, une voix grave derrière elle lui dit :
« Ce n’est pas une bonne idée de mettre en cause l’honneur de la garde. Surtout quand on est soi-même garde.
— Je ne remets pas en cause l’auto... »
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, car l’inconnu lui plongea à nouveau la tête sous l’eau en lui serrant la gorge. Kalia essaya de se dégager, de le griffer, mais ne parvint pas à retirer la main. Elle resta à nouveau une bonne dizaines de secondes sous l’eau avant qu’elle ne la relâche.
« Tu vas annuler le rassemblement de demain. C’est compris ?
— Oui, répondit l’elfe à bout de souffle.
— Tu vas l’annuler ?
— Non », répondit Kalia en se maudissant pour sa franchise, et sa tête replongea sous l’eau.
Elle essaya à nouveau de se dégager, sans succès. De sa position inconfortable, elle essaya néanmoins de voir à quoi ressemblait son agresseur. Il portait un tissu autour de la tête. Si elle arrivait à s’en tirer, elle n’aurait aucun moyen de savoir de qui il s’agissait.
Alors qu’elle essayait de reconnaître un signe particulier, la surface parut être troublée par un point rouge, qui disparut aussitôt. Kalia se demanda si elle commençait à délirer à cause du manque d’air, mais d’autres points rouges apparurent.
Puis il n’y eut plus de main pour lui tenir la tête, et elle put à nouveau respirer.
Dans la petite pièce où se trouvait le bain, l’homme masqué se tenait à genoux, devant William, qui le menaçait avec un rasoir placé au niveau de son cou. L’homme avait déjà une petite entaille au cou, qui saignait légèrement.
« Maintenant, on va se retourner gentiment, d’accord ? Pour permettre à la demoiselle de s’habiller. »
Kalia ne put s’empêcher de sourire en voyant William forcer l’homme, bien plus grand et plus large que lui, à se retourner pour lui permettre de sortir de l’eau.
Elle se contenta de passer une serviette autour d’elle, avant de passer devant les deux hommes et d’enlever le tissu qui masquait l’inconnu.
« André ? Toi ? »
André était un de ses collègues, évidemment. Pourtant, c’était un de ceux avec qui elle ne s’entendait pas trop mal. Il était plutôt gentil. Pas très malin, mais gentil.
« J’suis désolée, fit-il en baissant les yeux. Je... j’allais pas te noyer. Je devais juste te faire peur. »
Kalia leva un sourcil. « Devais » ? Il avait juste suivi un ordre.
« Qui t’a demandé de me faire peur, André ? » demanda-t-elle gentiment, en faisant signe à William d’écarter la lame de rasoir. « C’est le capitaine ?
— Il a dit que tu voulais déshonorer la garde, répondit André, l’air penaud.
— C’est lui qui déshonore la garde. En laissant des types comme Garnier abuser de leur pouvoir.
— Il disait que tu n’avais pas ta place dans la garde. »
Kalia n’eut pas envie de le contredire là-dessus. Elle commençait aussi à trouver qu’elle n’avait pas sa place dans la garde.
Elle se dirigea vers ses vêtements et fouilla ses poches, pour en sortir son insigne de garde. Elle la tendit à André.
« Tu donneras ça au capitaine, d’accord ? Et tu lui diras de se la mettre là où je pense. Profond.
— Tu penses à quoi ? demanda André en fronçant les sourcils.
— Ne t’en fais pas, répliqua Kalia en souriant. Il saura. »
Elle fit signe à William de le laisser partir, et s’assit sur le rebord de la baignoire.
« Merci pour ton intervention », dit-elle à William.
Il se tourna vers elle et remarqua les larmes qui coulaient sur sa joue. Il posa sa main sur son épaule dans un geste qui se voulait vaguement réconfortant.
« Ne t’en fais pas, fit-il. Ça va aller.
— Aller ? Je n’ai même plus de boulot.
— Ne t’en fais pas pour ça. Je suppose que je pourrais te trouver quelque chose.
— Tu sais, objecta Kalia avec un léger sourire, si je ne suis pas faite pour être garde, je doute que je sois plus adaptée pour être agent spécial.
— Ouais, admit William. On verra ça, d’accord ? Je vais aller finir de me raser. »
*****
Le jeune couple entra dans le prestigieux restaurant « Au diable affamé ». Un serveur les accueillit à l’entrée.
« Bonsoir », salua l’homme. Il avait des cheveux longs et blonds et une épaisse moustache qui lui descendait jusqu’au menton. « Nous avions réservé pour deux personnes.
— C’est à quel nom, monsieur ?
— Loup, répondit l’homme. Karl et Willow Loup.
— Par ici, s’il vous plaît », répondit le serveur tout en jetant un coup d’œil rapide à la jeune femme. Elle avait les cheveux sombres et des yeux bleus magnifiques, était plutôt grande et avait une poitrine généreuse. Lorsqu’en passant à côté de lui, elle lui fit un petit sourire, il tomba totalement sous son charme.
Kalia s’assit en face de William en regardant nerveusement si personne n’avait remarqué leur petite supercherie.
« Calme-toi, lui dit doucement le vampire. Tout va bien.
— Ouais », admit Kalia en vérifiant, l’air de rien, que sa moustache tenait toujours bien. « Au fait, tu sais que tu es plutôt mignonne ?
— Mais toi aussi », répliqua William avec un sourire charmeur.
Le serveur s’approcha de leur table, une bouteille à la main.
« Voulez-vous goûter notre vin, monsieur ?
— Euh, fit ce dernier avec une voix grave. Non merci. Chérie, tu veux goûter ?
— Mon amour, répondit William avec un soupçon de reproche dans la voix, tu sais bien que je ne bois pas... de vin.
— Comme vous le désirez », fit le serveur, manifestement dépité, en leur tendant la carte.
Kalia le regarda s’éloigner vers la cuisine et vérifia qu’il ne pouvait plus les entendre.
« Bon, alors, qui est-ce qu’on est censé espionner ?
— Les deux types du fond », montra discrètement William.
Kalia jeta un coup d’œil discret. Ils étaient à l’autre bout du restaurant.
« Et comment est-ce qu’on est supposé entendre ce qu’ils disent ?
— On n’a pas à s’en occuper », expliqua William en commençant à se rouler une cigarette. « Angèle s’en occupe. Elle me fera un rapport après. »
L’elfe fronça les sourcils.
« Angèle ? Ton hallucination ?
— Voilà.
— Elle peut les entendre ? »
William se contenta d’acquiescer d’un petit signe de tête.
« Et pas toi ? reprit Kalia.
— Non.
— Donc tu ne peux pas les entendre, mais elle peut ? récapitula l’elfe.
— En effet. Si je pouvais les entendre, ou qu’elle ne le pouvait pas, il n’y aurait pas beaucoup de sens à ce qu’elle me fasse un rapport, pas vrai ?
— Certes, admit Kalia, mais si elle peut entendre ce que tu ne peux pas, ce n’est pas vraiment une hallucination, si ?
— Ah, fit William, je vois ce que tu veux dire. Je m’étais déjà posé la question. Mais le fait est qu’elle n’est visible que de moi et qu’elle ne peut pas s’écarter beaucoup. Mon hypothèse est qu’elle arrive à entendre certaines choses que j’entends vaguement inconsciemment mais que je ne perçois pas bien. Tu comprends ?
— Hmmm. Je vois l’idée. Tu as l’air d’être un cas bien compliqué. »
« Vous avez fait votre choix ?
— Oui », répondit William avec un nouvel sourire enjôleur. « Je vais prendre une bavette à la gobelin.
— Quelle cuisson, madame ?
— Saignant, répondit cette dernière avec un petit sourire carnassier.
— Et pour vous, monsieur ?
— Je voudrais une assiette troll. »
Le serveur nota la commande et se dirigea vers la cuisine.
« Il me semblait que la plupart des elfes étaient végétariens, remarqua William.
— Je ne suis pas la plupart des elfes, répliqua Kalia. Au fait, tu vas m’expliquer le sens de cette comédie ?
— Quelle comédie ? »
Kalia pointa discrètement sa fausse moustache, puis la poitrine de William.
« Oh, fit ce dernier. Et bien, c’est plutôt amusant, non ?
— Mouais.
— Sérieusement, Balthasar m’a déjà vu. Si j’étais venu en tant que William Wolf, il m’aurait sûrement reconnu.
— Et j’étais vraiment obligée de me travestir aussi ?
— Ça te gêne tant que ça ?
— Proportionnellement moins qu’une robe à dentelles, admit Kalia. Mais quand même, la moustache, ça ne me va pas. »
*****
Une fois que les deux hommes qu’elle espionnait eurent quitté la salle, Angèle alla rejoindre William et Kalia, alors qu’ils entamaient le dessert. Elle commença par se plaindre de ne pas avoir sa part du gâteau à la framboise, puis commença son rapport.
William l’écouta attentivement tandis que Kalia, qui ne le pouvait pas, mangeait en silence.
Une fois qu’elle eut terminé sa part, et comme il délaissait la sienne, elle s’appropria discrètement celle de William.
« La petite salope ! grommela Angèle, s’interrompant au milieu de son récit.
— Ne parle pas comme ça, répliqua William.
— Quoi ? demanda Kalia en levant les yeux de son assiette.
— Rien. Angèle est un peu jalouse. Elle aurait aimé avoir sa part de dessert.
— Oh, fit Kalia en levant un sourcil. Tiens, Angèle. »
Elle tendit sa cuillère dans le vide pendant quelques instants.
« Arrête, soupira William. Ça me rappelle quand je donnais à manger à mes poupées.
— Tu donnais à manger à tes poupées ? demanda Kalia, perplexe.
— Ben, pas toi ?
— Je n’ai jamais eu de poupée.
— Normal. C’est un truc de filles. Je vois mal un fier moustachu comme toi jouer à la poupée.
— Bon, les déviants, l’interrompit Angèle. Ça vous intéresse, de savoir ce qu’ils se sont dits, ou vous préférez continuer à causer de votre enfance ? »
Quand Angèle eut terminé son récit, William avait la mine sombre.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Kalia.
— C’est Léhen. Non seulement c’est un foutu fils de salaud, mais aussi c’est un crétin congénital. »
L’elfe fronça les sourcils.
« Qu’est-ce qu’il a fait ?
— Il trouve qu’on attend trop la guerre. Pour lui, il faut attaquer tout de suite, pour profiter de la surprise. Tant pis si notre armée est moins grande et moins bien armée.
— Il veut tuer de l’orc, quoi.
— En gros. Et comme ce crétin trouve que la reine attend trop, il veut persuader des généraux de lancer l’assaut dès maintenant.
— Mais c’est stupide ! Ils vont se faire massacrer, non ?
— C’est probable. En plus, la guerre deviendra légitime du point de vue des orcs, si c’est eux qui sont attaqués. Beaucoup n’ont pas envie de se battre. Si leur roi sonnait la charge, beaucoup déserteraient. Mais si Léhen s’amuse à les attaquer en premier...
— Peut-être qu’en lui expliquant... suggéra Kalia
— Il s’en fout, de tout ça. Tout ce qu’il veut, c’est discréditer la reine. Peu importe si un bain de sang peut être évité.
– Tu penses pouvoir l’arrêter ?
— Je vais parler à la reine. Il serait temps qu’ele lui donne la place qu’il mérite.
— C’est à dire ?
— Le fond d’un cachot. Note du billet: 1.8(5) << Emprisonnée   Garde nationale, milice du féodal >>
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Commentaires
1. Le dimanche 6 novembre 2005 à 01:11, par Neryel :: site
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