Kalia s’apprêtait à sortir du palais lorsqu’une ombre se détacha du mur et surgit devant elle. Elle sursauta et eut un bref instant de frayeur, avant de réaliser qu’il ne s’agissait que de William.

« Salut, lança-t-il. On peut parler ?

— De quoi ? » demanda Kalia. Elle mourait d’envie d’aller se coucher.

« J’ai eu des nouvelles d’Axelle », expliqua William.

Kalia décida de le suivre malgré sa fatigue. Ils se dirigèrent dans l’aile est du palais. William ouvrit une petite porte qui donnait accès à l’escalier de la tour est. L’endroit était sombre et poussiéreux. La tour ne devait pas être très fréquentée.

« Il y a quoi, là-haut ? demanda Kalia alors qu’ils montaient les interminables escaliers.

— Mon bureau, répondit William.

— Pourquoi là-haut ?

— C’est plus tranquille. »

Kalia soupira. Elle avait envie de dormir, pas de grimper des centaines de marches. En plus, elle ne voyait pas pourquoi William avait besoin d’être dans son bureau pour lui parler d’Axelle.

« Tu n’as pas l’air d’être en grande forme, remarqua le vampire.

— Je suis fatiguée. Et je me serais bien passée de ma discussion avec la reine.

— Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

— Que je remettais en cause son autorité et que j’aurais des ennuis.

— Ben, elle n’a pas tout à fait tort, répliqua William en souriant.

— Quoi ? demanda Kalia en lui jetant un regard mauvais.

— À partir du moment où elle refuse que ces gardes soient sanctionnés, si tu persistes, tu remets en cause son autorité.

— Mais je veux juste que la loi s’applique à tout le monde ! Pourquoi est-ce qu’elle ne fait pas en sorte qu’ils soient jugés ?

— Et bien, si tu condamnes un garde, tu décrédibilise toute la garde, tu vois ce que je veux dire ? »

Kalia fronça les sourcils en montant la dernière marche. Elle ne voyait pas trop ce que William voulait dire. Elle voyait en revanche qu’ils étaient arrivés devant une petite porte de bois.

« Enfin, c’est ce que certains pensent », ajouta William en sortant une clé de sa poche et en l’insérant dans la serrure. « Je ne pense pas que ce soit l’avis de la reine, cela dit. Mais elle n’a envie de se fâcher avec personne.

— Avec moi, ça n’a pas l’air de poser tant de problèmes », ronchonna Kalia en poussant la porte et en découvrant le « bureau » de William.

C’était une salle immense, juste sous les toits. Une espèce de grenier. Il n’y avait que quelques bougies et une lucarne qui ne laissait pratiquement pas rentrer de lumières. Sur une grande table reposaient une carte approximative du Darnolc, une pile de livres et de papiers, deux tasses, et un cendrier qui n’avait pas été vidé depuis bien longtemps.

William avait du être bien occupé ces derniers temps, jugea Kalia. Elle avait aussi remarqué que le vampire avait un début de barbe, alors qu’il était d’habitude impeccablement rasé.

« C’est ça, ton bureau ? demanda Kalia.

— Et mon logement, accessoirement », répondit William en montrant un matelas posé dans un coin de la pièce. « Assieds toi quelque part. »

L’elfe chercha une chaise qui n’avait pas l’air trop branlante. Tout le mobilier était vieux et poussiéreux.

Alors qu’elle allait s’asseoir, elle sentit quelque chose frôler ses cheveux. Elle leva les yeux et étouffa un cri.

Il y avait une dizaines de chauves-souris au plafond.

« Oh, fit William en voyant son expression, j’ai oublié de te présenter mes messagers.

— Tes messagers ? Tu utilise des chauves-souris ?

— Je m’entends mieux avec elles qu’avec des pigeons, répliqua William.

— Et ça marche vraiment ?

— Oh, oui. Si elles boivent régulièrement de ton sang, elles te retrouvent à des milliers de kilomètres. Elles ont un sixième sens.

— Ce sont des chauves-souris vampires ? demanda Kalia avec une grimace de dégoût.

— Oh, ne fais pas cette tête là. Il y a des vampires très bien, tu sais ?

— Si tu le dis, fit Kalia en s’asseyant. Bon, et Axelle, alors ? Elle est vivante ?

— Mes informations datent d’il y a quelques jours, répondit William. Mais oui, aux dernières nouvelles, elle était vivante. »

L’elfe commença à sourire, mais elle aperçut l’expression de William, qui n’était pas particulièrement joyeuse.

« Elle était vivante, mais elle n’était pas en très bonne position. »