Réprimande
Par Nera, mercredi 28 septembre 2005 à 18:10 :: Elfe noire, démon rouge :: #31 :: rss
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Réprimande
Où Kalia revoit son chef, ce qui donne lieu à d'amicales retrouvailles
« Vous m’avez demandé ? » demanda-t-elle à son supérieur.
Il ne répondit pas immédiatement. Il paraissait très occupé à regarder deux feuilles qu’il avait entre les mains. Ce ne fut qu’au bout d’une minute qu’il leva la tête et dévisagea l’elfe.
« Ah, fit-il. Je commençais à désespérer de vous revoir. »
Kalia ne savait pas trop quoi répondre. Il était évident qu’il aurait préféré ne jamais la revoir. Mais elle n’osa pas faire de remarque à ce sujet, et se contenta de se mordre la lèvre.
« Je conçois, reprit le capitaine, que votre travail puisse être fatigant, en particulier au vu du nombre faramineux d’arrestations que vous avez effectuées ces derniers temps. Quel est le chiffre exact, déjà ?
— Aucune, monsieur, répondit Kalia en regardant ses pieds.
— Autant ? ironisa le capitaine. Avec de tels résultats, pas étonnant que vous vous sentiez l’envie de prendre des vacances. »
L’elfe regarda son supérieur.
« Des vacances, monsieur ? demanda-t-elle.
— Et bien, il ne me semblait pas avoir eu la chance de vous croiser souvent ces derniers temps.
— J’étais en mission, expliqua Kalia. Je...
— En mission ? demanda le capitaine avec un ton emphatique. Je ne me souviens pas vous avoir confié de mission.
— C’est la reine, elle...
— La reine ? Oh, bien sûr. Étant donné vos compétences, il était normal qu’elle vous choisisse pour une mission... Et quelle était cette mission ? Je parie que le sort du monde était entre vos mains ?
— Pas vraiment, monsieur. Mais cette mission était confidentielle.
— Confidentielle, hein ?
— Oui, monsieur. »
Il y eut un moment de silence. Le capitaine joignit ses deux mains et parut réfléchir.
« Seulement, voyez-vous, il fallait bien que la garde continue son travail pendant ce temps, vous comprenez ?
— Oui, monsieur.
— Et étant donné notre budget, nous ne pouvons pas nous permettre de payer quelqu’un à ne rien faire. Vous comprenez ?
— Je comprends, monsieur. Mais je n’ai pas « rien fait », monsieur.
— Vraiment ?
— Oui, monsieur. J’ai travaillé pour la reine. Bien sûr, il serait anormal que vous me payiez ce temps...
— Évidemment, admit le capitaine. Mais il ne vous est pas venu à l’esprit que nous aurions pu vous remplacer ? »
Kalia analysa la phrase un instant. Elle allait probablement perdre son métier. Ce n’était pas vraiment dramatique, étant donné qu’elle ne pouvait pas dire qu’elle l’aimait. Mais elle trouvait tout de même cela injuste, et, pour une fois, elle n’avait pas envie de se laisser faire.
Elle se mordit la lèvre.
« Je comprends bien, monsieur. Je vous suggère de voir directement avec la reine. Elle saura régler cette situation. »
Le capitaine du Déni se renfrogna. Il n’avait espéré que l’elfe se laisserait faire et prendrait plus ou moins la porte d’elle-même.
« Nous verrons cela. Et puis, je dois admettre que vous avez apparemment décidée de vous investir dans votre travail. À peine rentrée, vous avez enregistré deux nouvelles plaintes. »
Kalia se mordit plus profondément la lèvre. C’était là que les choses allaient se corser, pressentait-elle.
« Oui, monsieur. Je n’avais pas pu le faire avant de partir.
— Mesdemoiselles Diane et Lili. Qui disent avoir été molestées.
— Violées, corrigea Kalia en levant la tête.
— Peu importe les détails, continua le capitaine, l’important c’est que...
— Ce n’est pas un détail.
— Si vous le dites. Et elles prétendent que le coupable serait le sergent Garnier.
— Oui, monsieur. »
D’un geste vif, le capitaine plaqua sur son bureau les deux feuilles sur lesquelles étaient enregistrées les plaintes. Le bruit fit sursauter Kalia.
« Alors, demanda-t-il lentement, vous accordez plus de confiance à deux putains qu’à un collègue ?
— Ce n’était pas des prostituées, mais des danseuses, corrigea Kalia.
— Quelle différence ? Vous n’allez pas me dire que vous faites confiance à ces filles ? »
Kalia se mordit une nouvelle fois la lèvre, sentant que trouver une réponse correcte n’allait pas être facile.
Ou alors, il lui suffisait d’abandonner. C’était le plus facile. Elle n’aurait pas d’ennuis.
C’était une solution attrayante.
« Je fais confiance au sergent Garnier, dit-elle.
— Bien, fit le capitaine en souriant. Je peux donc considérer ces plaintes comme classées ?
— Je fais confiance au sergent Garnier, reprit Kalia, pour démontrer sa virilité en n’acceptant pas qu’une fille refuse de coucher avec lui pour de l’argent. Je suis désolée, monsieur, mais ces plaintes ne sont pas classées. »
Il y eut un silence glacial. Le capitaine ferma son poing. Il tremblait de rage.
« Vous êtes bien une elfe, cracha-t-il.
— Pardon ? demanda Kalia.
— Vous prétendez vouloir défendre cette cité, mais tout ce que vous êtes capable de faire, c’est souiller l’image de la garde. Une traîtresse, comme tous les elfes. C’est ce que vous êtes. »
Kalia regarda ses pieds, sans savoir quoi répondre.
« Je vais annuler ces plaintes, reprit le capitaine, un peu plus calme. Et vous feriez mieux de chercher un autre boulot.
— Annulez ces plaintes, répliqua Kalia, et j’en enregistre une nouvelle. Contre vous. Pour obstruction à la justice. »
Nouveau silence glacial. Kalia se maudit d’avoir dit ça. La prochaine fois, elle ferait mieux de réfléchir avant de parler.
D’un autre côté, elle devait admettre que la situation, pour désastreuse qu’elle soit, avait un côté plaisant.
« Vous feriez mieux d’abandonner cette attitude, dit lentement le capitaine. Ou vous allez avoir des ennuis. Vous pouvez disposer. »
Kalia disposa, et acquiesça silencieusement. Des ennuis, elle allait en avoir, elle n’en doutait pas.
Commentaires
1. Le dimanche 2 octobre 2005 à 03:21, par axolotl :: site
2. Le lundi 3 octobre 2005 à 17:56, par Neryel :: site
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