Opening infiltration
Par Nera, jeudi 22 septembre 2005 à 19:17 :: Elfe noire, démon rouge :: #30 :: rss
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Opening infiltration
Où Axelle a une vue plongeante sur le Darnolc
Axelle jeta un coup d’œil vers le bas. Elle ne voyait pas grand chose. Seuls les lumières de quelques villages orcs se détachaient de la nuit.
Même dans l’obscurité, ils paraissaient bien loin.
« Je ne sais pas trop », répondit-elle en vérifiant que le sac qu’elle portait sur le ventre était bien attaché.
« On arrive au point de non-retour », annonça Ly en faisant légèrement ralentir le dragon.
Axelle prit une grande inspiration, vérifia une nouvelle fois que le sac était bien attaché, et ferma les yeux.
« Le premier parachutage haute altitude, murmura-t-elle. On entrera dans les livres d’histoire.
— Quoi ? demanda Ly.
— Rien, répondit Axelle en souriant. Ciao. »
Et elle s’élança dans le vide.
( « Bon », avait annoncé William, une cigarette dans la bouche, « petit topo sur la situation politique au Darnolc. » Ly avait étouffé un bâillement, alors qu’Axelle et Kalia écoutaient consciencieusement, alors qu’il commençait à parler.
Cela faisait un bout de temps que tout un pan de la population en avait marre du roi, ainsi que des grands seigneurs, avait-il expliqué. Le Darnolc avait une industrie beaucoup plus avancée qu’Erekh, et les conditions de vie des orcs travaillant dans celle-ci ou dans les mines étaient loin d’être agréables.
Il y avait d’abord eu un groupe d’opposition, l’Imok, qui s’était scindé en deux il y avait une dizaine d’années, donnant naissance aux Medkos d’un côté, et aux Nytelovers de l’autre. Ces derniers étaient beaucoup plus radicaux, et avaient été dissous officiellement après des émeutes, il y avait cinq ans environ, même s’ils avaient continué à se réunir illégalement deuis. Les Medkos, eux, avaient essayé de rester dans le cadre de la loi. Tout avait été chamboulé quand Elyar avait pris le pouvoir. Il avait alors aussi dissous les Medkos. Même les seigneurs le détestaient.
« Comment il peut rester roi, alors ? avait demandé Kalia.
—- Apparemment, il a un pouvoir de persuasion énorme. Probablement parce que c’est un démon. Même si vous venez le voir avec des envies de meurtres, vous vous mettrez à genoux devant lui quand il vous le demandera.
— Et, concrètement, qu’est-ce qu’on a à foutre de tout ça ? avait demandé Ly.
— Concrètement, les prisons sont pleines de prisonniers politiques. Et la mission d’Axelle consiste à s’infiltrer dans la forteresse de Tel Otsip, à libérer Snikov, et à repasser la frontière avec lui.
— Un jeu d’enfant, quoi, avait répondu Axelle.
— Ly te conduira en dragon au-dessus. En sautant, tu devrais pouvoir t’approcher relativement facilement. »
William s’était tu un moment, puis avait ajouté, en souriant : « si tu es encore en vie, évidemment. » )
Axelle sentait le vent glacé lui fouetter le visage alors qu’elle tombait en chute libre, tête la première, son sac serré contre le ventre.
Elle attrapa l’objet qui, à défaut de nom plus adéquat, s’approchait d’une paire de lunettes d’aviateur, et le plaça devant ses yeux.
Puis elle récita la formule obscure que Kalia lui avait apprise, et brusquement les verres s’illuminèrent en verdâtre. Elle put alors distinguer le sol en dessous qui se rapprochait d’elle, les arbres, et, surtout, Tel Otsip.
( « Tel Otsip, avait expliqué William, est le centre de recherche du Darnolc concernant tout ce qui a trait à l’armement. Snikov est leur meilleur expert. Si tu arrivais à le sortir de là, ça éviterait qu’ils n’aient des armes trop développées par rapport aux autres. — Et « on » aurait une chance de gagner la guerre, c’est ça ? avait demandé Axelle.
— Peut-être. Snikov ne travaille pas de son plein gré là-bas. Il n’apprécie pas que ses inventions servent à tuer.
— Tandis que nous voudrions qu’elles servent à tuer des orcs plutôt que des humains, hein ? »
William avait jeté un regard mauvais à Axelle.
« Ce n’est pas mon objectif. Snikov a été chez les Medkos avant de rejoindre les Nytelovers. Et puis il a été arrêté à cause de ça. Il se trouve que les Nytelovers en question m’ont aidé quand j’étais au Darnolc. Je leur ai promis de faire ce que je pouvais pour le sortir de là.
— Quelle dommage que tu ne puisses pas y aller toi même... » )
Le sol se rapprochait dangereusement d’Axelle. Il allait être temps de tester si son idée marchait.
Elle tira sur une ficelle, et sa cape noire se libéra, se retrouvant rapidement quelques dizaines de mètres au dessus d’elle.
Axelle avait maintenant le dos entièrement nu, le sac toujours serré contre le ventre.
Elle ferma les yeux, et respira profondément, essayant de faire ressortir son « moi » intérieur, sa vraie nature. La nature qu’elle essayait en permanence de cacher, de refouler au fond d’elle-même.
Elle pouvait sentir monter la colère qu’elle essayait habituellement de maîtriser. Sur son dos, sous la peau, une forme commençait à s’agiter, comme un serpent.
Puis il y eut un choc violent, et Axelle ne put s’empêcher de pousser un cri de douleur alors que ses ailes noires se déployaient.
Elle n’avait pas pensé que ça ferait aussi mal. Elle avait prévu que les ailes ralentiraient sa chute, mais pas que, pour ça, elles lui arracheraient la colonne vertébrale.
Et puis en plus, elles ne la ralentissaient pas tant que ça, en fait. Elle voyait maintenant les arbres se rapprocher d’elle à grande vitesse.
Elle ferma les yeux un instant, et se dit que, si elle n’avait pas été un démon, elle aurait bien prié.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, les arbres étaient là.
L’atterrissage fut rude. Axelle commença par se faire égratigner par des branches, qui, d’un autre côté, aidèrent à ralentir sa chute.
Elles la ralentirent encore plus lorsqu’elles se prirent dans ses ailes et les déchirèrent en partie. Axelle grimaça en étant ballotée, mais elle bénit le seigneur des ténèbres pour lui avoir donné des ailes non innervées.
Puis elles finirent de se déchirer, et elle alla rouler par terre, ce qui acheva de massacrer les quelques lambeaux qui étaient restés accrochés à son dos.
Elle resta quelques instants allongée au sol. Puis elle réussit à se mettre à genoux. Elle défit la lanière du sac, le laissa tomber au sol, et finit de se relever.
Son dos n’était plus qu’une grande plaie, avec encore quelques morceaux de l’ossature de ses ailes qui dépassaient. Elle n’était pas en grande forme, mais elle vivait.
La mission pouvait commencer.
*****
Axelle assomma une nouvelle sentinelle orque, la fouilla quelques instants et attrapa son trousseau de clés, puis se glissa vers l’épaisse porte et l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une petite table, sur laquelle étaient posés un certain nombre de plans et de crayons. Dans un petit lit se trouvait un orc de petite taille, qui portait une barbiche.
Il avait la peau verdâtre, mais c’était peut-être simplement l’effet des lunettes.
« Snikov ? chuchota Axelle. Snikov ?
— Ukestsek esly essap ? demanda l’orc en se réveillant en sursaut.
— Je suis venue vous aider, expliqua Axelle. Vous parlez ma langue ?
— Oui », répondit Snikov en écarquillant les yeux. Il ne parvint cependant pas à voir grand chose à cause de l’obscurité. « Qui êtes-vous ?
— On verra ça plus tard, si vous voulez bien. Il faut qu’on sorte d’ici.
— Comment ?
— Comme on peut. Suivez moi.
— Dans cette obscurité ? »
Axelle jura intérieurement. Elle avait oublié que l’orc n’avait pas les lunettes de Kalia.
« Je vous guiderai.
— Il faut que je prenne mes plans. Sur le bureau.
— Je m’en occupe, soupira Axelle. Habillez vous. »
*****
« La voie est libre, chuchota Axelle. Suivez moi. »
Ils s’élancèrent vers la forêt, Snikov guidé par Axelle. Sortir de la forteresse avait été plus rapide que d’y entrer, mais la démone avait peur que les gardes découvrent rapidement que certains de leurs collègues avaient été assomés.
Ses soupçons furent confirmés après qu’ils eurent fait quelques pas, lorsqu’elle entendit des cris venant du bâtiment.
Alors qu’ils atteignaient les arbres, elle commença à entendre des aboiements derrière eux qui ne la rassurèrent pas vraiment.
Ils continuèrent à courir sur quelques centaines de mètres, mais les aboiements se rapprochaient. Axelle comprit qu’ils ne pourraient pas s’enfuir. Du moins, pas tous les deux.
« Servez-vous de ça, cria-t-elle en retirant ses lunettes et en les passant à l’orc. Allez vers l’ouest. Il y a une fille aux cheveux rouges avec un dragon qui vous attend.
— Et vous ? demanda Snikov.
— Je les retarde. Dépêchez vous ! »
L’orc hocha la tête, et enfila les lunettes de vision nocturne.
« Qui que vous soyez, merci », lança Snikov avant de se mettre à courir.
Axelle sourit dans l’obscurité et chercha l’arbalète de Kalia dans son sac. Elle pouvait entendre les chiens qui se rapprochaient. Mais dans l’obscurité, il lui était impossible de viser. Elle serra l’arbalète contre elle, et pensa à Kalia.
( Avant que le dragon ne s’envole, Kalia était venu lui dire au revoir. Elle pleurait. Axelle avait essuyé ses larmes du revers de la main.
« Je reviendrai, avait-elle promis une nouvelle fois.
— Tu as intérêt, avait répliqué Kalia. Sinon, je t’invoque et tu deviendas mon esclave.
— Ce serait avec plaisir. Mais laisse moi un peu de temps, quand même. »
Kalia avait hoché la tête, essayé de sourire, et s’était mordu la lèvre.
Et puis elle avait embrassé Axelle. )
*****
Axelle essuya la larme qui avait coulé le long de sa joue, et épaula l’arbalète. Elle entendait les bruits des chiens qui se rapprochaient, mais ne pouvait pas les voir.
Elle décida tout de même de tirer. Détente, levier, détente. Détente, levier, détente. Le cylindre qui contenait les carreaux tournait à sa vitesse maximale, et l’arbalète les crachait dans l’obscurité. Axelle ne savait pas trop si cela servait vraiment à quelque chose, mais elle avait au moins entendu un chien japper après qu’elle ait tiré. Ça en ferait peut-être un de moins derrière Snikov.
Axelle venait de finir ses munitions lorsqu’un chien lui sauta dessus, et elle s’écroula par terre, le visage en sang.
Alors qu’elle roulait dans la boue, elle espéra que Kalia finirait par réussir à l’invoquer.
Commentaires
1. Le jeudi 22 septembre 2005 à 19:21, par Neryel :: site
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