« Je suis contente que tu ais décidé d’aider mes amies, dit Axelle alors qu’elle marchait à côté de Kalia.

— J’ai juste dit que j’allais voir ce que je pouvais faire, maugréa cette dernière. Et je n’avais pas vraiment le choix.

— Pourquoi ? s’étonna Axelle. J’ai pourtant proposé de prendre l’affaire en main.

— Tu ne peux pas faire ça ! protesta Kalia. Ce ne serait pas de la justice. Ce serait de la vengeance.

— Et alors ? Ça me va très bien.

— Ce n’est pas bien ! »

Axelle soupira, et rabaissa son chapeau sur son visage.

« Vous me fatiguez, tous, avec votre non-violence à deux sous. Pas égorger machin, pas embrocher bidule...

— On n’est pas des barbares, répliqua Kalia. Qu’est-ce que tu dirais si un commerçant te coupait la main parce que tu lui as volé une pomme ?

« Pas grave, ça repoussera » ? »

Kalia leva les yeux au ciel et décida d’abandonner la discussion.

« Bon, et comment tu comptes me faire arriver en Transye Vanille avant ce soir ? demanda-t-elle.

— En volant », répondit Axelle.

*****

Ly finissait son petit-déjeuner. Les autres pilotes de dragons avaient mangé bien avant, mais elle était du genre à se lever tard.

Aussi fut-elle étonnée lorsque deux jeunes filles, une blonde avec un sac à dos volumineux et une brune portant un chapeau noir, s’assirent en face d’elle.

« Salut, fit Axelle en posant une main sur le devant de son chapeau. Armand n’est pas là ? »

Ly termina lentement sa bouchée avant de répondre :

« Non. On se connaît ?

— Ouais, répondit Axelle en se servant un bol de lait. Elle, c’est Kalia, toi c’est Ly et moi c’est Axelle.

— Axelle ? répéta Ly.

— Armand t’as peut-être parlé de moi ? On a couché ensemble, il y a un bout de temps, et j’aimerais bien lui causer.

— Et la petite blondasse, elle veut quoi ? »

Il y eut quelques secondes de silence, pendant lequel Kalia décida de contempler son assiette, ou du moins l’assiette qui était posée devant elle et qui, maintenant qu’elle y prenait attention, était vraiment passionnante. Pas autant que ses pieds, certes, mais ils étaient sous la table.

« Tu devrais éviter ce genre de mots, dit lentement Axelle, un sourire aux lèvres. Sinon...

— Ça va, dit Kalia. Pas la peine de...

— Sinon quoi ? demanda Ly en l’interrompant, elle aussi avec le sourire aux lèvres.

— Sinon je pourrais être moins aimable. Où est Armand ?

— J’en sais rien. Je ne suis pas sa mère.

— Mais peut-être que vous pourriez nous aider ? demanda Kalia.

— Pourquoi je le voudrais ?

— Il nous faudrait un dragon », continua l’elfe en l’ignorant.

Mais Ly explosa de rire.

« Juste un dragon ? répéta-t-elle, les larmes aux yeux. Ces dragons appartiennent au Mondar. Même en donnant votre vie, vous ne pourriez pas en avoir un.

— Tout s’achète, répliqua Kalia en déversant le contenu doré de la bourse que lu avait donné la reine sur la table.

— Ou se vole, compléta Axelle.

— Ou se vole, concéda Kalia.

— Il faudrait beaucoup plus que ça, blondinette, répliqua Ly. Et j’aimerais bien vous voir essayer de voler un dragon.

— Tu commences à me taper sur les nerfs, soupira Axelle en se levant.

— Il paraît que je fais cet effet aux gens.

— Vous ne savez vraiment pas où est Armand ? demanda Kalia, espérant, par ce changement de sujet, faire retomber un peu la tension.

— Non, répondit Ly en haussant les épaules. Un type est venu le voir. Un cousin, apparemment. »

Axelle fronça les sourcils.

« Un cousin ? demanda-t-elle. Je ne savais pas qu’il avait de la famille.

— J’en sais rien, admit Ly. Mais le type avait de beaux yeux et Armand n’avait pas l’air forcé de le suivre. Après, peut-être qu’ils n’étaient pas cousins et qu’ils voulaient juste coucher ensemble.

— M’étonnerait, répliqua Axelle. Bon, on va récupérer ce dragon ?

— Comme je l’ai dit, fit Ly, j’aimerais bien voir ça. Il y a une douzaine de gardes.

— Ce serait gênant, si on n’avait pas d’otage. »

*****

Les gardes rechignèrent à laisser passer les voleuses de dragon, malgré la menace qui planait sur Ly. Mais l’arbalète de Kalia, après avoir tiré quatre carreaux en moins de dix secondes, acheva de les convaincre.

« Wow », fit Ly une fois les gardes ligotés et qu’elles furent passées dans la salle des dragons. « Jolie arme.

— Merci.

— Comment ça marche ?

— Et bien, expliqua Kalia en lui montrant l’engin, d’abord, il y a un cylindre avec des trous, douze, contenant chacun un carreau. Quand j’appuie une première fois sur la détente, ce cylindre tourne, passant au carreau suivant.

— Hmmm, fit Ly.

— Là, il y a un levier, continua Kalia. En l’actionnant, ça active cette pierre d’Aymak, et ça attire la corde, à cause du petit morceau de pierre placé dessus. Et du coup, ça recharge l’arme. Ensuite, il n’y a plus qu’à appuyer une nouvelle fois sur la détente pour tirer.

— Bien pensé. Je peux voir ?

— Bien sûr, répondit l’elfe en lui tendant l’arme, ravie que quelqu’un s’intéresse à tout son travail.

— T’es quand même pas vraiment maligne, blondinette », fit Ly en retournant l’arme contre elle et en actionnant le mécanisme, qui arma l’arme avec un clac puissant. « Lève les mains. »

Kalia se mordit la lèvre, honteuse de s’être faite avoir comme ça.

« Lève les mains », répéta Ly.

Kalia obéit, rouge de honte.

« Alors, fit Ly, tu te pisses dessus ? T’as peur de ce que je peux te faire avec ta propre arme ? »

Axelle, qui avait grimpé sur un dragon et essayait depuis plusieurs minutes, sans succès, de le faire décoller, souffla rageusement.

« Hé, je t’ai dit que tu me tapais sur les nerfs ?

— Ouais, répondit Ly en souriant.

— Écoute, si tu ne...

— Ça va », coupa Kalia.

Les deux jeunes femmes se retournèrent vers elles, surprises par sa détermination.

« Ça va ? s’étonna Ly.

— Ça va, répéta Kalia. On peut discuter, non ? »

Ly éclata de rire.

« Discuter ? Et tu crois que c’est comme ça que je vais te laisser partir ?

— Oui », répondit Kalia en se forçant à la fixer dans les yeux, et en parvenant à ne pas se mordre la lèvre. « Et vous allez nous aider à voler un dragon.

— Et pourquoi je ferais ça ? »

Kalia se mordit la lèvre, mais parvint à ne pas baisser les yeux.

« Parce que, dit-elle, si je ne me trompe pas, si on prend le dragon d’un de vos concurrents, un type que vous n’aimez pas, ça vous arrange. Non ? »

Il y eut un petit instant de silence. Puis Ly se mit à sourire.

« Hé, mais t’es moins bête que t’en as l’air, dit-elle. Mais si mon envie d’appuyer sur la détente était plus forte ?

— Alors, c’est vous qui auriez l’air bête, répliqua Kalia en haussant les épaules. Comme je vous l’ai expliqué, le premier coup ne fait que tourner le cylindre. Vous avez armé l’arme, mais à vide. Même en appuyant deux fois sur la détente, ça ne marcherait pas, parce que vous ne l’avez pas fait dans le bon ordre. Cela dit, je préférerais que vous ne tiriez pas, parce que ça abîme la corde. »

Il y eut un nouveau moment de silence. Puis Ly haussa les épaules et lui tendit l’arme..

« La mécanique, c’est pas mon truc, dit-elle en souriant. Allez viens, tu as bien mérité ton premier cours de chevauchage de dragon. »