Confrontation
Par Nera, lundi 2 mai 2005 à 20:42 :: Elfe noire, démon rouge :: #14 :: rss
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Confrontation
Où Kalia, fatiguée, effectue une rapide et éphémère arrestation
À l'ombre de la Porte Est de Nonry, Kalia, qui faisait pour une fois équipe avec Louis, scrutait l'horizon.
Enfin, scruter, façon de parler. Plus honnêtement, adossée contre le mur, elle essayait de garder les yeux ouverts et, si possible, vaguement tournés vers l'horizon.
C'était un boulot tranquille. Il s'agissait juste d'assurer un minimum de sécurité pour la tenue de la première course de dragons à Erekh, qui devait commencer l'après-midi à Nonry.
Concrètement, ils vérifiaient simplement que les gens qui entraient dans la ville n'avaient pas d'armes sur eux.
Ce qui était quelque peu stupide, étant donné qu'il y avait de toutes façons des armureries en ville, mais l'objectif réel était surtout de montrer au Mondar qu'Erekh avait des gardes.
Pour l'occasion, Kalia avait nettoyé son plastron rouillé, s'était coiffée, et avait même le droit de porter une arbalète (mais pas celle qu'elle avait modifiée elle-même, Louis avait été très clair là-dessus).
Cela aurait pu ne pas être désagréable si elle avait dormi dans les dernières vingt-quatre heures, mais son capitaine avait décidé qu'elle devait commencer son service à quatre heures du matin, même si personne ne devait arriver avant sept heures.
À cause de la course, le marché du Déni était encore plus animé que d'habitude. La raison principale était que, dans d'autres quartiers, le marché n'avait pas pu avoir lieu à cause des préparatifs : les dragons demandaient de la place.
Il était même difficile de circuler d'un étal à l'autre.
Axelle commençait à trouver cette atmosphère légèrement étouffante, mais la situation avait aussi ses avantages, surtout lorsqu'on avait un manteau ample et des mains agiles.
Elle réajusta son chapeau que l'épaule d'un type avait fait dévier, tout en faisant glisser deux morceaux de viande fort appétissants dans une poche, où se trouvait déjà une bourse, qui avait appartenu à un type à l'air riche mais distrait, et une demi miche de pain.
****
Le hasard fit que le commerçant posa son regard là où s'étaient tenu les morceaux de viande quelques secondes avant, et il cria : Au voleur !
En entendant ça, Axelle réprima une grimace, jugea qu'elle avait assez travaillé pour la matinée, et commença à s'écarter lentement.
Mais apparemment, quelqu'un d'autre avait du la remarquer, puisque, à côté d'elle, quelqu'un se mit à crier : C'est lui !
Aussitôt ou presque, une personne tenta de l'immobiliser, et réalisa qu'il ne s'agissait pas de lui, mais d' elle, ce qui le fit hésiter un instant.
Pas longtemps, mais juste accès pour recevoir un coup de coude dans l'estomac.
Bon, mon service est terminé, je vais me coucher, annonça Kalia en bâillant, alors que les cloches sonnaient midi.
Bonne nuit, lui répondit Louis, ironiquement.
Axelle essayait de courir, mais c'était relativement difficile dans une foule. Et depuis que ce type l'avait repérée, il n'y avait plus un homme pour ne pas tenter de l'arrêter lorsqu'elle passait à côté.
Heureusement, personne n'avait encore fait tomber son chapeau, et personne n'avait donc pu voir son visage avec précision. Si elle arrivait à s'enfuir, elle n'aurait peut-être pas besoin de quitter la ville.
Mais encore fallait-il qu'elle puisse s'enfuir. Elle était maintenant acculée à un mur, et un tas de gens avaient l'air de lui en vouloir.
Mais le vrai problème, c'était les deux gardes armés qui approchaient.
Axelle ferma les yeux et inspira profondément.
Puis, vivement, elle bouscula un des types qui la bloquaient, atteignit un étal, sauta dessus, envoya un coup de pied à un homme qui tentait de la faire tomber, prit appui sur un tonneau de bière et sauta vers le mur d'une maison, parvenant à s'accrocher au toit avec ses mains. Elle envoya un nouveau coup de pied à quelqu'un qui voulait la faire redescendre, en profita pour prendre appui sur la tête d'une autre personne, tira sur ses bras, et parvint à grimper sur le toit.
Là, elle souffla un instant, avant de réaliser que les gardes avaient des arbalètes et qu'elle devrait peut-être s'écarter un peu plus avant de se reposer. Elle se remit donc debout et courut d'un toit à un autre jusqu'à pouvoir descendre dans une rue déserte.
****
Une fois revenue les pieds sur terre, Axelle vérifia qu'il n'y avait personne, réajusta une nouvelle fois son chapeau et s'éloigna du marché d'un pas vif, en soufflant un peu.
Apparemment, plus personne ne la poursuivait.
C'était du moins ce qu'elle croyait avant de tourner dans la rue d'à-côté, où elle tomba nez-à-nez avec une arbalète chargée.
Axelle s'immobilisa, surprise, puis leva les mains, souriante.
Kalia, fit-elle en soupirant. Ma petite épine dans le pied préférée. Ça faisait longtemps.
Kalia fronça les sourcils.
Vous connaissez mon nom ? demanda-t-elle.
-- Qui ne le connaît pas ? demanda Axelle.
-- Mettez vos mains contre le mur, ordonna Kalia en faisant un pas vers la voleuse.
Axelle continua à sourire.
Tu fais des progrès, dit-elle. Ta voix ne paraît presque pas hésitante, et ta main ne tremble presque pas.
-- Ne vous moquez pas de moi, répliqua Kalia, visiblement vexée. Les mains contre le mur.
-- Je ne me moque pas, répondit Axelle en obéissant et se mettant face au mur. Je constate, c'est tout. Voilà, j'ai les mains contre le mur. Je ne suis pas armée. Toi, tu as une arbalète dont le carreau est prêt à partir. Alors explique moi pourquoi c'est toi qui a peur de moi ?
Kalia déglutit. En effet, elle avait peur. Une nouvelle fois, elle sentait une impression bizarre, l'impression que cette fille puait le mal. Elle ne se rappelait pas avoir déjà eu une telle impression avec quelqu'un d'autre.
Comment tu as fait pour me retrouver ? demanda Axelle.
-- La ferme, répondit Kalia en s'approchant un peu, la main qui tenait l'arbalète tremblant effectivement.
Axelle soupira.
Tu n'es pas obligée de me répondre comme ça, tu sais.
-- Non, admit Kalia, toujours aussi gênée. Je... je rentrais chez moi, c'est tout. J'ai entendu des bruits, et voilà. Le hasard.
-- Ça fait deux fois que le hasard te met sur ma route, constata Axelle.
Elle entendit des bruits de pas dans les rues d'à-côté. Vu le bruit, des gens plutôt nombreux et plutôt pressés. Rien de bon pour elle. Elle tourna un peu la tête pour examiner le coin, mais, même si elle avait pu se débarrasser de Kalia - ce qui n'aurait probablement pas été très difficile à vrai dire - elle n'avait nulle part où se cacher : la rue était longée par des maisons à plusieurs étages collées les unes contre les autres, et leurs portes étaient solidement verrouillées.
Tu n'as plus de raison d'avoir peur, soupira Axelle. On dirait que des collègues à toi arrivent.
Kalia hocha la tête. Pour une fois, elle aurait réussi à arrêter quelqu'un. Quelqu'un qui suintait le mal, en plus.
Elle se mordit la lèvre.
Les bruits de pas se rapprochaient.
Axelle était définitivement bizarre, décida Kalia. Mais d'un autre côté, elle ne l'avait pas tuée alors qu'elle en avait eu l'occasion. Et, la première fois qu'elle l'avait rencontrée, quelques mois avant, elle lui avait faite une promesse. Elle ne se rappelait plus exactement de quoi il s'agissait, mais elle était sûre qu'il y avait une promesse.
****
Kalia prit une grande inspiration, et se décida à faire ce qu'elle allait sûrement rapidement regretter. Elle plongea sa main dans sa poche, en sortit un trousseau de clé, déverouilla la porte à côté de laquelle Axelle se tenait, et tira cette dernière à l'intérieur.
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Quelques secondes après que la porte se fût refermée, Axelle, encore médusée, entendait des bruits de pas dans la rue.
Devant elle, Kalia avait l'air d'être dans un drôle d'état. Elle avait le visage livide, les yeux dans le vide et elle se mordait toujours la lèvre.
Merci, chuchota Axelle en souriant, et elle embrassa Kalia sur la joue.
****
Si proche d'Axelle, Kalia avait de plus en plus cette impression étrange et qui la mettait mal à l'aise.
Et il y avait une autre sensation, quelque chose qui remontait parfois mais qu'elle s'empressait de chasser de son esprit.
Et en plus, il y avait la fatigue.
Et en plus, elle venait de laisser passer une chance inespérée d'avoir une promotion et avait à la place mené une criminelle chez elle.
Alors, pour terminer, un baiser de cette dernière... C'était trop.
Kalia s'évanouit.
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