Antipathy for the Devil
Par Nera, dimanche 24 avril 2005 à 19:47 :: Elfe noire, démon rouge :: #13 :: rss
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Antipathy for the Devil
Où William fait une mauvaise rencontre
« Tu ne crois pas qu’il serait temps de rentrer ? » demanda Angèle en étouffant un bâillement.
Mais William ne l’écoutait pas, occupé à prendre des notes sur un petit carnet.
« Il fait presque jour ! » se plaignit Angèle.
William soupira.
« D’accord, répondit-il en finissant son schéma. J’ai presque fini.
— En fait, répondit Angèle, je crois que c’est trop tard. »
William se retourna vers la jeune fille.
Et aperçut deux orcs devant elle.
Ils portaient tous les deux une lourde armure et une lance de deux mètres. Ils avaient une épée qui pendait à leur côté. Bref, William n’avait aucune envie de les affronter en combat singulier.
Pas alors que l’aube pointait, en tout cas.
« Rejou’b sep ! », fit un orc d’une voix gutturale.
William leva lentement les mains.
« Yo’m sep imën » dit-il calmement, ce qui signifait qu’il ne souhaitait pas se battre.
« Qu’est-ce que tu fais là ? » demanda le deuxième orc alors que le narrateur passait en traduction instantanée orc/erekhien.
« Touriste ? » hasarda William.
Ce qui ne parut convaincre aucun des deux orcs.
William se décida donc à prendre ses jambes à son cou.
*****
William commençait à manquer sérieusement de souffle, et les orcs étaient toujours derrière lui.
De plus en plus nombreux, apparemment, ce qui n’était pas très bon signe.
Un carreau le dépassa en le frôlant et alla se ficher dans un arbre.
Pas très bon signe non plus.
Et il y avait ces explosions qui résonnaient encore dans ses oreilles. William ne savait pas trop de quoi il s’agissait, mais il avait bien peur que, comme le reste, ce soit ciblé vers lui.
« Tu sais, Will, fit Angèle, qui paraissait flotter à côté de lui, je crois que tu es dans la merde.
— ’connu pire », marmonna William en dévalant un talus.
Et, brusquement, alors qu’il entendait une de ces nouvelles explosions, il sentit une de ses jambes se dérober sous lui, et il s’écroula.
Il essaya de se relever.
S’écroula à nouveau. Sa jambe était en sang.
« Tu es sûre ? » demanda Angèle d’un ton joyeux.
*****
Le Mont Aulmar, situé à la frontière entre Erekh et le Darnolc, était réputé être le plus haut du monde.
William n’était pas persuadé que cette réputation était fondée. Son opinion était que le monde était, en réalité, largement inexploré, puisque personne ne s’était aventuré bien loin au sud de la Transye Vanille ou dans la mer de l’Ouest.
Mais il devait reconnaître qu’il était tout de même rudement grand, et, aussi, magnifique à regarder, surtout au moment du coucher du soleil.
Cela dit, William commençait à s’en lasser. Il avait eu toute la journée pour l’admirer, assis par terre, les mains liées derrière le dos, la jambe douloureuse, avec le soleil qui lui brûlait la peau et Angèle qui lui tapait sur les nerfs.
Mais il devait reconnaître qu’il avait une belle vue. Il se trouvait à l’extrémité du campement orc, près d’une falaise. Peut-être qu’il aurait pu réussir à se lever, déjouer l’attention des deux sentinelles qui le surveillaient en permanence, et sauter de cette falaise.
Bien sûr, il serait mort cent mètres plus bas, mais au moins, il n’aurait pas perdu sa journée à subir le soleil, les orcs et son « amie » imaginaire.
Il faisait presque nuit lorsqu’une agitation s’empara du camp. William essaya de se tourner pour voir ce qu’il se passait.
Tous les orcs semblaient s’agenouiller les uns après les autres, à l’exception d’un petit groupe qui se dirigeait vers lui.
Alors qu’ils s’approchaient, William parvint à discerner, au milieu du groupe, deux humains : un homme grand et mince avec des cheveux noirs qui lui descendaient jusqu’à la taille, et une fille aux cheveux blonds qui devaient avoir douze ou treize ans.
Cette dernière resta en retrait alors que l’homme s’approchait de William.
« Alors, voilà le nouveau chien d’Erekh ? demanda-t-il.
— Wolf, répliqua William en souriant. William Wolf. Et vous êtes ?
— Elyar, répondit l’homme. Roi de Darnolc. »
William hocha la tête, souriant toujours.
« Et votre majesté accepterait-elle de me délier les mains ? demanda-t-il ironiquement. J’aimerais bien fumer une dernière cigarette. »
Elyar hocha la tête et trancha les liens de son prisonnier avec un petit poignard.
William, toujours assis par terre, se frotta les poignets quelques instants, afin de faire circuler le sang, puis fouilla dans les poches de son manteau et en sortit du tabac.
« Elyar, dit-il pensivement en commençant à rouler sa cigarette. Elyar... C’est un nom orc ?
— Pas vraiment », répondit Elyar en souriant.
William leva les yeux vers lui.
« Alors, voyons... Je suis à peu près sûr que ça ne vient pas d’Erekh non plus. Transye Vanille peut être ?
— Où voulez vous en venir ?
— Je ne sais pas, répondit William. Je trouve un peu surprenant qu’un humain soit roi de Darnolc, c’est tout. »
Elyar sourit, avec un regard mauvais.
« Allons, allons. Votre reine n’est pas au courant ? Je suis un Démon, Wolf. Votre prédécesseur n’a donc même pas réussi à vous informer de ça ?
— Pas que je sache, répondit William en grattant une allumette pour sa cigarette. Peut-être qu’elle n’a pas jugé bon de me le dire. Je n’étais déjà pas très chaud. »
Elyar hocha la tête, sans paraître convaincu.
« Si vos armées sont au niveau de vos informations, vos compatriotes sont mal partis.
— Je dois admettre que j’ai été impressionné par vos engins qui font un bruit d’enfer. »
Elyar sourit une nouvelle fois.
« Oh, ça ? demanda-t-il. Plus puissant qu’une arbalète, hein ? Ça s’appelle un Snikov.
— Snikov ? demanda William.
— Ouais. Du nom du type qui l’a inventé.
— Erekh a des années de retard sur Darnolc, hein ? demanda William.
— Non, répondit Elyar. Des siècles, plutôt.
— Ouais, fit William, l’air lugubre, en soufflant sa fumée vers le sol. Et vous comptez envahir Erekh, hein ?
— Évidemment, admit Elyar. Je ne lève pas une armée juste pour le plaisir de faire des balades en montagne.
— Et qu’est-ce que vous allez faire de moi ? demanda William en levant la tête.
— Ça dépend, répondit Elyar en souriant. Je pourrais vous faire abattre comme le chien d’Erekh que vous êtes. Mais si vous êtes aussi intelligent que vous en avez l’air, vous devriez vous rendre compte qu’il est plus avantageux de me rejoindre. Vous pourriez continuer votre rôle d’espion, mais dans un autre pays, si vous voyez ce que je veux dire ? »
William sourit, prit appui sur sa jambe valide, et se leva, pour dévisager Elyar dans les yeux. Il avait encore besoin de lever significativement la tête pour cela.
« Monsieur Elyar, répondit-il, je ne me considère pas comme un patriote. Pour vous dire la vérité, je suis un fugitif dans mon pays. Je n’aime pas spécialement la reine, même si je la préfère à l’ancien roi. Je n’ai rien contre les orcs, ni contre les Démons. » William s’interrompit et jeta son mégot. Il vérifia au passage que le soleil n’était plus visible dans le ciel. « Mais, ajouta-t-il, je préfère encore mourir en homme plutôt que de m’asservir à un cinglé comme vous. »
Elyar sourit, et hocha la tête.
« Comme vous voulez, Wolf », répondit-il alors que William s’approchait à petit pas de la falaise.
Il fit un signe aux soldats aux alentours, qui se saisirent de leurs armes et les pointèrent sur William.
Ce dernier, arrivé au bord de la falaise, se tourna vers eux et écarta les bras.
« Ce ne sera pas nécessaire », annonça-t-il en souriant, et il se laissa tomber en arrière.
Il s’écrasa sur les pierres, une centaine de mètres plus bas.
Et il mourut en homme.
En vampire, pas tout à fait.
Commentaires
1. Le dimanche 24 avril 2005 à 19:51, par Neryel :: site
2. Le samedi 30 avril 2005 à 02:02, par Rene
3. Le mardi 7 juin 2005 à 19:07, par axolotl :: site
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