« Dommage qu’il ait refusé », fit une voix alors que la voiture s’élançait.

Lucie de Guymor dut scruter un moment l’obscurité avant de repérer la forme noire dans un coin de la voiture. En se forçant un peu, elle savait qu’elle réussirait à reconnaître William.

« Ouais, fit-elle. Il est plutôt doué.

— Et mignon », ajouta William avec un sourire, en grattant une allumette, qui éclaira brièvement l’intérieur de la voiture.

« Aussi, admit la reine alors qu’il allumait une cigarette.

— Vous pensez que Miguel a préparé ça seul ? demanda-t-il après avoir respiré une bouffée de fumée.

— J’en doute, répondit la reine. La coupe a été fabriquée en Erekh, il devait au moins y avoir un complice là-bas.

— Vous comptez le faire interroger ?

— Non, répondit la reine en secouant la tête. Je pense que ce serait une perte de temps. »

William hocha la tête en silence.

Silence qui dura quelques minutes. La reine paraissait réfléchir. William se contentait de fumer sa cigarette. À côté de lui, Angèle était allongée, et regardait le plafond de la voiture.

« William ? demanda la reine.

— Oui ?

— J’ai beaucoup apprécié vos... talents. Vous m’avez probablement sauvé la vie... »

William dévisagea la reine sans trop comprendre où voulait en venir la reine.

« Ça sent les emmerdes, fit Angèle d’un ton plat.

— Merci, répondit finalement William, ignorant la remarque de son amie imaginaire.

— Cependant, continua la reine (qui n’entendit pas le « Ah ! » satisfait d’Angèle), je peux avoir d’autres gardes pour me protéger. Vous seriez peut-être plus utile ailleurs...

— Comme ? demanda William.

— Notre diplomate au Darnolc a été assassiné, expliqua la reine. Nos relations avec ce pays sont plus ou moins... tendues. Et apparemment, il aurait un nouveau roi, qui n’aimerait pas beaucoup Erekh. »

William respira une nouvelle bouffée de fumée avant de répondre.

« Autrement dit, demanda-t-il finalement, vous voudriez que j’aille jouer à l’espion chez les orcs ?

— La situation là-bas m’a l’air complexe, expliqua la reine. Ils ne tolèrent pas beaucoup les humains...

— Vous voulez dire, pas plus que nous ne tolérons les orcs ? demanda William en souriant.

— Voilà, répondit la reine. Je pense que vous êtes la personne la plus adaptée que je puisse envoyer là-bas pour obtenir des renseignements.

— Hmmm, fit William.

— Surtout qu’il paraît que vous êtes déjà allé là-bas, quand vous étiez recherché, ajouta la reine.

— Vous savez tout de moi, hein ? soupira William.

— Non, répondit la reine. J’en sais beaucoup. Mais je dois admettre que le fait qu’un homme comme vous qui arrive aussi bien à se fondre dans les ténèbres laisse autant de traces me laisse perplexe.

— Il n’y a pas de ténèbres en journée, mademoiselle, répliqua William. Et je n’aime pas me déguiser. »

La reine hocha la tête.

« Pour en revenir au sujet, vous savez parler orc ?

— J’ai un très mauvais accent. Je suis quand même désigné volontaire ?

— Prenez ça du bon côté. Le sort d’Erekh est entre vos mains, monsieur Wolf. Si vous réussissez, vous deviendrez peut-être un héros.

— Et si j’échoue, je serai encore plus mort », ajouta William, lugubre.