Entretien avec un vampire
Par Nera, dimanche 13 mars 2005 à 21:50 :: Elfe noire, démon rouge :: #6 :: rss
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Entretien avec un vampire
Où William change de cellule
Et a une discussion au sommet
Les poings liés et la tête baissée, William marchait en silence, entouré par son escorte de gardes.
Cela faisait déjà une dizaine de minutes qu'ils avançaient dans les rues de la ville. Heureusement, il y avait des nuages. Le soleil ne l'aurait pas tué, mais il n'aurait pas fait de bien à sa peau.
« Vous m'emmenez où ? demanda-t-il au bout d'un moment.
— Palais royal, répondit Louis.
— Et pourquoi, exactement ? Depuis quand la ville est-elle interdite aux vampires ?
— Et depuis quand les vampires peuvent sortir le jour ? répliqua Louis en éludant la question.
— Oh, répondit William en souriant, je supportais déjà le soleil que tu n'étais pas né, gamin. »
*****
William était maintenant dans une nouvelle cellule. Il y avait du progrès : elle était nettement plus confortable que l'ancienne. Il était à présent assis sur un banc, les mains liées reposant sur les genoux, les yeux fermés pour ignorer Angèle.
Ce qui aurait pu fonctionner si elle s'était tue.
Ça aurait pu être pire, ou du moins c'était ce que William n'arrêtait pas de se répéter. Il aurait pu entendre des voix n'arrêtant pas de lui dire de tuer des gens, par exemple. Là dessus, la plupart du temps, il fallait le reconnaître, Angèle était plutôt raisonnable.
Des bruits de pas qui semblaient approcher de sa cellule l'interrompirent dans sa réflexion et lui firent ouvrir les yeux.
Il reconnut presque immédiatement la femme qui s'avançait.
Il n'avait pas beaucoup de mérite, cela dit : son visage se trouvait sur la plupart des pièces de monnaie récentes.
« Waaaaah, fit Angèle. La reine en personne. On dirait que tu es devenu une célébrité, tout à coup. »
William la fusilla du regard, alors que la reine s'asseyait en face de lui, un papier à la main.
« Vous êtes bien William Wolf ? » demanda-t-elle.
William hocha la tête en silence.
« Bien, fit la reine. Je dois dire que j'ai entendu dire beaucoup de choses sur vous.
— Vraiment ? demanda William.
— Vraiment », répondit la reine.
Elle fouilla dans une des poches de son manteau et en sortit une cigarette, qu'elle tendit à travers les barreaux au prisonnier. Il l'attrapa.
« Pour commencer, il paraît que vous vous rabattez sur le tabac pour compenser l'appel du sang, dit-elle en grattant une allumette.
— En fait, répondit William en inhalant une bouffée de fumée, je fumais déjà avant de devenir un vampire, mademoiselle.
— La plupart des gens m'appelle majesté », corrigea la reine.
Il y eut un court moment de silence, pendant lequel la reine dévisagea William. William, lui, regardait Angèle lui dire ce qu'elle pensait de la reine.
« Ceci dit, ajouta finalement cette dernière alors que William avait toujours les yeux dans le vide, vous n'êtes pas la plupart des gens. Il paraît que vous avez été interné six mois dans un asile ?
— C'était il y a un bout de temps, répliqua William, en tournant à nouveau la tête vers elle.
— Il paraît que vous aviez des hallucinations. En tout cas, c'est ce qu'on m'a dit.
— Et bien, je suis guéri, maintenant.
— Vraiment ? » demanda la reine.
William inspira une nouvelle bouffée de tabac, et la souffla vers le plafond.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? demanda-t-il.
— Ça ne doit pas être facile. Non seulement être un vampire, mais en plus voir des gens qui n'existent pas.
— Ça pourrait être pire, répliqua William en souriant. Je pourrais être une elfe.
— Quoi ? s'étonna la reine.
— J'ai été surpris, expliqua William. Une elfe dans la garde, c'est assez... inhabituel. Il n'y en avait pas, la dernière fois que je suis venu à Nonry.
— Et alors ? demanda la reine.
— Et alors rien, répondit William en se renversant sur sa chaise, les yeux fixés vers le plafond. Je voulais juste dire que les choses ont changé, apparemment. Alors pourquoi est-ce que je suis ici ? Je ne suis jamais qu'un vampire. J'aurais du demander la confirmation à votre elfe, mais je ne crois pas qu'il y ait de lois contre ça. »
La reine sourit et examina quelque secondes le papier qu'elle avait entre les mains.
« Non, répondit-elle finalement. Il n'y a pas de lois contre ça, en tout cas pas à ma connaissance. En revanche, il y en a une pour les tentatives de régicide. »
William soupira.
« C'était il y a plus de dix ans, répliqua-t-il. J'ai payé pour ça.
— En fait, vous n'avez fait que quatre mois de prison, avant de vous évader la veille de votre exécution, si je me souviens bien.
— Et alors ? Je suis mort depuis. Ça ne compte pas ? »
La reine sourit et plia soigneusement sa feuille de papier.
« Disons que ça dépend de l'interprétation, répondit-elle. Je vous propose de choisir, monsieur Wolf. Ou bien je garde l'inteprétation que, ma foi, vous avez bien essayé de tuer mon cher oncle, et vous avez toujours la tête sur les épaules, ce qui implique que je doive remédier à cela.
— Ou bien ? demanda William en sentant venir les ennuis.
— Ou bien je considère que tout cela est une vieille histoire, et que mon devoir en tant que reine est de permettre votre réinsertion dans la société et de vous donner un travail.
— Je suis peintre, mademoiselle. Je ne verrais aucun inconvénient à dessiner des portraits de Sa Majesté, cela dit.
— Ah, oui, fit la reine en dépliant son papier et le parcourant rapidement. Il est effectivement fait mention de peinture. Mais en fait, monsieur Wolf, j'aurais préféré utiliser vos autres petits talents. Il est notamment écrit que vous avez assassiné l'évèque Crowney. Il paraît pourtant que c'était un bon chasseur de vampires.
— C'était lui ou moi, répondit William. Et pour être franc, mademoiselle, je n'ai aucune envie de devenir un tueur à gages.
— Qui vous parle de ça ? demanda la reine en souriant. J'aurais simplement besoin de quelqu'un capable de se déplacer dans le noir sans se faire remarquer. Et il paraît que vous êtes plutôt bon pour ça. En tout cas, il a fallu un certain temps pour vous attraper. »
William soupira, laissa tomber son mégot de cigarettes par terre, fusilla du regard Angèle qui rigolait, et se tourna à nouveau vers la reine.
« D'accord, répondit-il. Je suppose que n'ai pas vraiment le choix. »
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Commentaires
1. Le dimanche 13 mars 2005 à 22:20, par Neryel :: site
2. Le mardi 15 mars 2005 à 19:24, par axolotl :: site
3. Le mercredi 16 mars 2005 à 19:09, par Neryel :: site
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